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Égypte : l’armée promet des élections dans six mois

La Constitution est suspendue et le Parlement dissous, pour satisfaire aux exigences de l’opposition.Le gouvernement tente d’organiser le retour à une vie normale.

L’armée aux commandes pour six mois. Après deux jours de fête dans les rues du Caire et de flottement à la tête du pays, l’armée égyptienne est sortie du flou, hier. Le Conseil suprême des forces armées, auquel Hosni Moubarak avait confié le pouvoir en démissionnant, vendredi soir, a suspendu la Constitution et dissous les deux chambres du Parlement.

Dans son « Communiqué n° 5 », lu à la télé publique, le Conseil dirigé par le maréchal Tantaoui affirme qu’il « gérera les affaires du pays pour une période de six mois ou jusqu’au terme d’élections présidentielle et législatives ». Dans l’intervalle, une commission va préparer des amendements à la Constitution ¯ très contestée ¯ qui seront soumis à un référendum.

L’opposition satisfaite. Cette clarification devenait urgente. Car, après l’explosion de joie de vendredi soir, l’inquiétude était revenue, samedi, sur la place Tahrir du Caire, centre nerveux des dix-huit journées révolutionnaires qui ont fait tomber Moubarak. Les opposants au régime les plus résolus avaient publié un « Communiqué n° 1 du peuple », où ils réclamaient la dissolution du Parlement, dominé par le PND de Moubarak, et un calendrier précis pour le retour à un régime civil.

Dimanche matin, des escarmouches avaient éclaté quand la police militaire a voulu faire décamper quelques milliers de manifestants encore présents sur la place Tahrir, rendue à la circulation pour la première fois depuis trois semaines. Hier soir, l’opposant libéral Ayman Nour saluait des engagements de l’armée et parlait de « victoire pour la révolution ».

Retour à la normale. Confirmé à son poste par la junte, le Premier ministre Ahmed Chafic ¯ un ancien chef de l’aviation ¯ a indiqué que sa priorité est de « restaurer la sécurité et de faciliter la vie quotidienne des Égyptiens ». Il s’exprimait alors que 13 000 prisonniers, évadés à la faveur des troubles, courent toujours, que des policiers ont manifesté et tiré en l’air au Caire pour réclamer des hausses de salaires et que des entreprises étaient toujours en grève.

Le Premier ministre a aussi promis de s’attaquer à la corruption et, selon certaines sources, plusieurs ministres auraient reçu l’interdiction de quitter le territoire. Ahmed Chafic a enfin assuré qu’Hosni Moubarak se trouve toujours à Charm el-Cheih (mer Rouge), démentant une rumeur selon laquelle le raïs déchu aurait fui l’Égypte.

Dix-huit pièces de grande valeur, dont deux statues de Toutankhamon, ont été dérobées au Musée égyptien du Caire, pendant les troubles, a annoncé, hier, le patron des antiquités, Zahi Hawass.

Plus d’informations dans le journal Ouest-France

Moubarak est parti et c’est le peuple qui a gagné : Pas les Occidentaux, eux qui l’avaient fait « PHARAON » !

Après 18 jours de manifestations, les Egyptiens ont gagné : le ‘Sphinx’ s’est envolé le 11 février 2011 pour Charm el Cheik, très loin de la capitale, après que des chaussures aient été lancées sur ses effigies sur la désormais historique Place Tahrir du Caire. Quelle victoire pour le peuple et quelle  honte pour le dictateur déchu ! Quel bonheur pour des millions de personnes dans le monde entier qui voient la fin d’une dictature. Mais ce ne fut pas évident.


Hosni MOUBARAK

Le ‘Pharaon’  a résisté. Il faisait dire (et on le disait même en Occident) qu’il n’était pas un Ben Ali ; il ne lâchait que des bribes de pouvoirs au fur et à mesure que la mobilisation se faisait forte. Mais la chose ne pouvait qu’arriver car des millions de personnes déterminées manifestaient dans les rues sans discontinuer et n’entendaient pas bouger jusqu’à l’atteinte de l’objectif. Oui, les Egyptiens ont bien joué : Moubarak a fini par lâcher prise  et on ne peut que le comparer à  Ben Ali.

On aurait pu penser un moment qu’il se suiciderait ! S’il l’avait fait, ça en aurait bouché un coin aux manifestants qui auraient eu la victoire moins belle. Heureusement donc que cela s’est passé sans cet acte de bravoure.

Mais ce qui gêne un peu aujourd’hui, c’est que les Occidentaux n’arrêtent plus de s’auto-féliciter !  Et on n’a pas de gêne à faire passer en boucle, sur les chaînes de ces pays, des reportages sur la dictature d’Hosni Moubarak, sur toutes les richesses qu’il a  volées au pays : 50 milliards d’euros,  des biens immobiliers partout,  des villas de stars et hôtels de luxe… Pourquoi ne pas l’avoir dénoncé hier ? On se rappelle pertinemment  la position américaine au début du conflit : Joe Biden, le vice-président n’avait-il pas affirmé que Moubarak n’était pas un dictateur, Hillary Clinton que le pays était très stable ? C’est pour cela qu’il faut marteler que c’est le peuple égyptien seul qui a eu gain de cause et surtout pas grâce à ces Occidentaux qui vont essayer maintenant de tirer la couverture à eux. Sur une chaîne française, on a même entendu, quand Moubarak essayait de reprendre la main, à quelques jours de la chute de Moubarak, que de politique, la crise était devenue sociale !! Bien vrai qu’au dernier moment, les Occidentaux l’ont lâché et mal lâché –on peut même dire qu’ils l’ont trahi- (savez-vous qu’à peine Moubarak tombé, la Suisse s’est vantée d’avoir gelé tous ses avoirs ?) mais il ne faut pas oublier que ce sont  eux qui l’ont fait  roi et qui ont profité de son pouvoir, 30 années durant. Alors, aujourd’hui, ils devraient être dans leurs petits souliers et ne pas  se vanter d’avoir aidé afin que la voix populaire triomphe. Non, ils ont navigué à vue pour ensuite, quand tout était perdu pour Moubarak, se rallier aux manifestants !

Il faut espérer maintenant que le vice-président, le militaire Omar Souleimane, qui s’est engagé à instaurer une réelle démocratie, respecte sa parole.

En guise de conclusion, la  révolution du monde arabe est bel et bien en marche ; les Algériens viennent d’emboîter le pas avec leur  grande marche à Alger le  samedi 12 février. Ils ont annoncé qu’ils iraient au bout. La Jordanie, la Syrie, le Yémen, la Libye, l’Arabie Saoudite, le Maroc et que savons-nous encore, sont sur la sellette. Mais pas seulement. Elle va déferler aussi, et logiquement, sur l’Afrique subsaharienne   ! On y est déjà. La preuve ? Sur le Net que les jeunes appellent à manifester le 21 Février 2011 à 10 H pour chasser Ali Bongo du pouvoir ; l’opposant camerounais Mboua Massock vient aussi de lancer le mot d’ordre « La Résistance jusqu’au bout » pour chasser Paul Biya : à partir du 23 février. C’est parti comme on dit !

CY

San Finna N°603 du 14 au 20 Février 2011