Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives de Tag: Robert Bourgi

La « France éternelle » malade de ses politiques éternelles

Les récentes déclarations de l’avocat Robert Bourgi continuent de défrayer la chronique sous nos tropiques et cela a fait l’effet d’une bombe dans nombre de pays sur le continent noir. Mais il faut reconnaître que la France est malade de sa propre sublimation comme au temps du Général De Gaulle où il avait lancé, comme pour défier les Allemands,  « la France éternelle !»

Que l’on démente les propos de l’avocat franco-libanais ou non, des signaux et d’autres révélations du genre étaient déjà servis aux Africains et l’on avait une vague idée de ce qui se passait. Et même si le Général De Gaulle bénéficie aujourd’hui, et cela est unanime, d’un capital de sympathie ou de droiture, et qu’on le considère comme un homme irréprochable, il n’en demeure pas moins que c’est sous lui que les premiers réseaux de la Françafrique furent mis en place avec le non moins célèbre Jacques Foccart. Et les politiciens de tous bords n’ont pas craché dans la soupe quand ils ont accédé à la magistrature suprême dela France. Ils s’en sont d’ailleurs accaparé pour en faire un fond de commerce juteux et lucratif.

De la Droite à la Gauche, en passant par l’Extrême droite française, tous ont contribué au pompage des biens de l’Afrique. Avec ces révélations, on comprend mieux le rôle de ce pays dans le génocide Rwandais, les conflits armés et les guerres sur le continent. Les dictateurs de tout acabit payaient leur dime à la France pour bénéficier de sa protection.

Les guerres de prédations au Liberia, en Sierra Leone, au Congo, en Centrafrique pour ne citer que ces pays, cachent-elles une vilaine réalité ?La France ne serait-elle pas comptable des troubles post-électoraux dans les pays africains ? Les fraudes électorales, les élections mal organisées, les tripatouillages des constitutions etc., soutenus et homologués parla France dans son précarré, se justifient aisément à la lumière de ces révélations.

Gbagbo Laurent ne serait-il pas déchu aujourd’hui parce qu’il n’arrosait pas suffisamment l’Elysée et les hommes politiques français? Voilà pourquoi il y a eu l’intervention de la France en Côte d’Ivoire et aujourd’hui en Libye. Au regard de tout ce qui précède, il faut que les Africains demandent réparation pour le préjudice, parce que c’est l’argent du contribuable qui a servi à financer des campagnes électorales dans l’Hexagone et d’autres activités illégales.

A l’image des Indiens d’Amérique, il faut que l’Afrique demande une réparation à la France. Si aujourd’hui le continent fait du surplace, c’est de la faute de cette France qui a maintenu des dictateurs en place et qui étaient à sa botte. Lesquels fournissaient grassement en feuilles l’Elysée et des hommes politiques français. Alors la France, pour se faire réhabiliter, doit prendre l’engagement de réparer le préjudice au plus vite en Afrique.

Djimité Ouédraogo. San Finna

(Photo: legrigriinternational.com)

Publicités

R-Bourgi : Une bougie sans flamme

Robert Bourgi, ami et conseiller de Nicolas Sarkozy, a tenté de s’attirer de la lumière en ce temps de galère pour la droite au pouvoir en France. Il a tenté de révéler quelque chose sur le couple Chirac-Villepin, apparemment opposé à la réélection de celui qui a renforcé dans le monde, le sentiment anti-français.

L’histoire a consisté à exposer comment la campagne présidentielle sous Chirac a été financée. Bourgi veut paraître une bougie dans la double querelle Chirac-Sarkozy, Villepin-Sarkozy. Cette bougie se révèle sans flamme puisqu’elle n’éclaire personne. La blancheur de l’interview n’est qu’une illusion de couleur. En effet, le sieur Bourgi Robert est un instrument au service de la manipulation du candidat à sa propre succession.

Quelle crédibilité faut-il accorder à un conseiller et ami personnel de Sarkozy qui accuse sans ménagement,  » les anciens patrons  » de son mentor dans un contexte bien marqué par la précampagne présidentielle de 2012 et le jugement en appel de l’affaire Clearsteams ? Aucun crédit. L’homme du Président est sur un réseau sans tonalité. Les deux personnalités mises en cause ont déjà exprimé leur démarcation vis-à-vis de la politique menée par le Président Nicolas Sarkozy.

La vision présidentielle a plongé la France dans la précarité. Au plan des relations internationales, la diplomatie française ne ressemble qu’à une fleur en période d’harmattan. Méconnaissable, elle est devenue une diplomatie de promotion d’armes à feu.

Quel est l’intérêt de l’interview de Robert Bourgi ? Cette conversation a un double intérêt. D’abord, elle vise à saper le moral à l’ancien patron de Sarkozy, Villepin, qui constitue au sein de la majorité, le contrepoids à sa politique d’improvisation sans culture de performance. Ensuite, le soutien de Chirac n’est plus évident avec l’humour positif sur François Hollande. Dans l’affaire Clearsteam, on sait bien que le jugement en appel, – le droit reste le droit-, est probablement en défaveur de l’ancien ministre de l’intérieur. Il s’agit donc de faire des révélations pour détourner l’attention de l’opinion. C’est donc une histoire qui aurait pu faire l’objet d’un livre. Bourgi Robert amuse l’opinion avec une histoire qui n’aura aucune incidence sur le cours du système des choses. La francophonie politique est faite de ces choses horribles. Qui ne sait pas que l’Afrique est dirigée par des potentats qui ne sont pas assez conscients de leur rôle historique?

Avec de Gaulle, la France n’a pas d’amis mais des intérêts. Celui qui détermine et conduit cette politique d’intérêt, c’est le Président de la République. Bourgi ne dit rien de nouveau. Pire, il ennuie les lecteurs et ne fait finalement aucune révélation si ce n’est de démontrer qu’il demeure un valet  » heureux  » du  » sarkozysme  » désormais en lambeaux.

Que l’argent du contribuable ivoirien atterrisse à Paris, ce n’est pas nouveau. Ce n’est pas une information. La Côte d’Ivoire reste et demeure une vache à lait pour la France. Qui ne le sait pas ? Le nourrisson ivoirien le sait. Depuis la maternité, il sait très bien qu’il a un destin bloqué. Ce que Houphouët a institué pour abrutir son peuple n’est pas une curiosité particulière en France. Aussi grand qu’il puisse nous paraître, Bourgi Robert s’est fait noyer dans un gobet de café cacao ! Yako ! Son interview, sa bougie à lui, comme le constate le lecteur, est sans flamme.

H-Tauyé, la presse du jour bénin

France : la République des malettes

Jacques Foccart créa, sous de Gaulle, la Françafrique, système décrié de réseaux d’influence maintenus par Paris avec ses ex-colonies d’Afrique noire.

Les livraisons de malettes bourrées d’argent auraient pris fin en 2005 quand M. Dominique de Villepin lança abruptement, selon M. Bourgi : « l’argent de tous les Africains sent le soufre ».

« Par mon intermédiaire », « cinq chefs d’Etat africains -Abdoulaye Wade (Sénégal), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville) et, bien sûr, Omar Bongo (Gabon) ont versé environ 10 millions de dollars pour cette campagne de 2002 », prétend l’Avocat Robert Bourgi.

L’actuel ministre des Affaires étrangères Alain Juppé n’est pas épargné. « L’argent d’Omar Bongo a servi a payé le loyer pendant des années » de son club 89, accuse M. Bourgi.

Pauvres de nous ! et surtout misérables de petits chefs d’Etat qui nous dirigent en Afrique.

En réalité, rien de nouveau sur ce plan, qu’ils soient politiques, hommes d’affaires, militaires, nous savons bien que tous les crapules Français se servent chez nous, à deux mains.

C’est encore plus choquant quand une petite merde comme Robert Bourgi parle à notre place et exprime une certaine pitié pour nous. Vous n’en doutez pas que beaucoup de fonctionnaires Africains encore en service ou à la retraite savent beaucoup de choses sur ce registre mais ne pipent mot, ils préfèrent emporter le secret dans leur tombe. Quelle fidélité !

Robert Bourgi doit se rendre compte que l’Afrique a changé et les Africains ne sont plus dupes. Ils connaissent tous les mécanismes mis en place depuis l’époque colonial pour maintenir l’Afrique dans la servitude et la pauvreté. Oui, pauvre doungourou, il n’y a pas que les malettes livrées pendant les échéances électorales mais bien plus. Transporteur de valises d’hier et d’aujourd’hui, Robert Bourgi n’est qu’un voleur doublé d’un réceleur et rien d’étonnant donc qu’il avoue ne pas être fier de ses actes.

Le 30 novembre 2006, Dominique de Villepin s’est rendu à Ndjaména. Toute la journée, les courtiers du régime MPS parmi lesquels Boukhari Brahim Doudou sillonnaient la ville à la recherche d’euros. Le Premier ministre français d’alors était reparti avec une malette…

Les Libanais d’Afrique ont toujours été au service des Occidentaux et ce depuis la période coloniale où ils assuraient l’approvisionnement en marchandises et autres services mêmes les plus obscures. Ils sont pires que les colonisateurs. Ils ne sont pas Européens ni Africains mais disposent des deux nationalités, parlent nos langues, vivent parmi nous mais en cercle fermé et surtout rapâtrient le moindre sou qu’ils gagnent dans nos marchés vers l’Europe et les Etats unis.

Par Mht Abakar sur AMBENATNA

L’Interview qui fait polémique : « J’ai vu Chirac et Villepin compter les billets de la françafrique »

Bourgi: « J’ai vu Chirac et Villepin compter les billets de la françafrique »

L’avocat Robert Bourgi, successeur de Jacques Foccart, révèle vingt-cinq ans de pratiques occultes sous Chirac. Pour la première fois, un homme avoue des financements occultes en provenance d’Afrique.

L’avocat français Robert Bourgi, conseiller officieux pour l’Afrique du président français Nicolas Sarkozy, a affirmé dans une interview au «Journal Du Dimanche» (JDD) avoir «participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac», et avoir également remis des fonds occultes à Dominique de Villepin.

Les deux hommes visés par ces accusations ont confié leur intention de porter plainte et, à gauche comme à droite, les politiques n’ont pas manqué de réagir à cette nouvelle affaire.

Pourquoi prendre la parole aujourd’hui?

Avant toute chose, je veux dire que je parle en mon nom personnel, je ne suis mandaté par personne. Pierre Péan, que je connais depuis vingt ans, est venu me voir pour son enquête sur Alexandre Djouhri et, de fil en aiguille, nous avons un peu parlé de quelqu’un que je connais bien, Dominique de Villepin. Depuis quelques jours, j’observe, je lis et j’entends les commentaires de ce dernier sur l’enquête de Pierre Péan. Trop, c’est trop. À 66 ans, j’en ai assez des donneurs de leçon et des leçons de morale… J’ai décidé de jeter à terre ma tunique de Nessus, cet habit qui me porte malheur et que je n’ai jamais mérité.

Dans le livre de Pierre Péan, vous racontez comment Villepin vous a déçu…

J’ai travaillé avec Dominique pendant des années. Nous avons été très proches, comme on peut être proche d’un ami, de quelqu’un que l’on connaît intimement. Et puis, fin 2005, brutalement, il m’a chassé. Oui, il m’a déçu. N’est pas de Gaulle qui veut. L’entendre donner des leçons, lui que je connais de l’intérieur, m’exaspère.

À quand remonte votre première rencontre?

En mars 1997, le jour de l’enterrement de mon maître, Jacques Foccart, Dominique de Villepin m’appelle et me dit qu’il m’attend le soir même dans son bureau. Ce soir-là, à l’Elysée, il y a Jacques Chirac. Le président me demande de reprendre le flambeau avec Villepin… Et souhaite que je l’initie à ce que nous faisions avec le « Doyen », comme j’appelais Foccart.

C’est-à-dire?

Pendant trente ans, Jacques Foccart a été en charge, entre autres choses, des transferts de fonds entre les chefs d’État africains et Jacques Chirac. Moi-même, j’ai participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac, en personne, à la mairie de Paris.

«Il n’y avait jamais moins de 5 millions de francs»

Directement?

Oui, bien sûr. C’était toujours le soir. « Il y a du lourd? » demandait Chirac quand j’entrais dans le bureau. Il m’installait sur un des grands fauteuils bleus et me proposait toujours une bière. Moi qui n’aime pas la bière, je m’y suis mis. Il prenait le sac et se dirigeait vers le meuble vitré au fond de son bureau et rangeait lui-même les liasses. Il n’y avait jamais moins de 5 millions de francs. Cela pouvait aller jusqu’à 15 millions. Je me souviens de la première remise de fonds en présence de Villepin. L’argent venait du maréchal Mobutu, président du Zaïre. C’était en 1995. Il m’avait confié 10 millions de francs que Jacques Foccart est allé remettre à Chirac. En rentrant, le « Doyen » m’avait dit que cela s’était passé « en présence de Villepinte », c’est comme cela qu’il appelait Villepin. Foccart ne l’a jamais apprécié… Et c’était réciproque.

Pourquoi?

En 1995, Juppé et Villepin se sont opposés à ce que Foccart occupe le bureau du 2, rue de l’Élysée, qui était son bureau mythique du temps de De Gaulle et Pompidou. Le « Doyen » en avait été très amer. Il avait continué à apporter les fonds, mais il avait été humilié.

À combien évaluez-vous les remises d’argent de Foccart venant d’Afrique?

Incalculable! À ma connaissance, il n’y avait pas de comptabilité. Plusieurs dizaines de millions de francs par an. Davantage pendant les périodes électorales.

Jacques Chirac, accusé par Jean- Claude Méry dans sa fameuse cassette d’avoir vu une remise de 5 millions de francs, a toujours démenti tout cela…

Je sais ce que je dis. Je sais ce que j’ai fait.

«À l’approche de la campagne présidentielle de 2002, Villepin m’a carrément demandé « la marche à suivre»

Que faites-vous donc à partir de 1997, à la mort de Foccart, avec Dominique de Villepin?

Je l’ai présenté aux chefs d’État africains. Au début, ils se sont étonnés de devoir traiter avec Villepin, qui avait déjà son discours officiel sur la « moralisation »… Je leur ai dit que c’était une décision du « Grand », autrement dit de Chirac. Je dois dire que Villepin s’y est bien pris avec eux. Que le courant est bien passé. Il a su y faire… Il m’appelait « camarade » et s’est mis à m’offrir du whisky pur malt de 1963.

Et les remises de valises ont continué?

Elles n’ont jamais cessé. À l’approche de la campagne présidentielle de 2002, Villepin m’a carrément demandé « la marche à suivre ». Il s’est même inquiété. C’est sa nature d’être méfiant. Je devais me présenter à l’Élysée sous le nom de « M. Chambertin », une de ses trouvailles. Pas question de laisser de traces de mon nom. Par mon intermédiaire, et dans son bureau, cinq chefs d’État africains – Abdoulaye Wade (Sénégal), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire), Denis Sassou Nguesso(Congo-Brazzaville) et, bien sûr, Omar Bongo (Gabon) – ont versé environ 10 millions de dollars pour cette campagne de 2002.

Alors que ces fonds en liquide ne figurent sur aucun compte officiel, que les fonds secrets avaient été supprimés par Lionel Jospin, que l’affaire Elf avait mis en lumière les fortunes occultes des chefs d’État africains…

C’est l’exacte vérité. Un exemple qui ne s’invente pas, celui des djembés (des tambours africains). Un soir, j’étais à Ouagadougou avec le président Blaise Compaoré. Je devais ramener pour Chirac et Villepin 3 millions de dollars. Compaoré a eu l’idée, « connaissant Villepin comme un homme de l’art », a-t-il dit, de cacher l’argent dans quatre djembés. Une fois à Paris, je les ai chargés dans ma voiture jusqu’à l’Élysée. C’est la seule fois où j’ai pu me garer dans la cour d’honneur! C’était un dimanche soir et je suis venu avec un émissaire burkinabais, Salif Diallo, alors ministre de l’Agriculture. Je revois Villepin, sa secrétaire, Nadine Izard, qui était dans toutes les confidences, prendre chacun un djembé, devant les gendarmes de faction… Les tams-tams étaient bourrés de dollars. Une fois dans son bureau, Villepin a dit : « Blaise déconne, c’est encore des petites coupures! »

«Lors des grandes remises de fonds, j’étais attendu comme le Père Noël»

Comment écoulait-il ces fonds? Pierre Péan a demandé à Éric Woerth, trésorier de la campagne de 2002, qui n’a jamais eu vent de ces espèces…

Je ne sais pas ce que Chirac et Villepin en faisaient. C’est leur problème.

Vous dites que Laurent Gbagbo aussi a financé la campagne de Jacques Chirac en 2002…

Oui. Il m’avait demandé combien donnait Omar Bongo, et j’avais dit 3 millions de dollars. Laurent Gbagbo m’a dit : « On donnera pareil alors. » Il est venu à Paris avec l’argent. Nous nous sommes retrouvés dans sa suite du Plaza Athénée. Nous ne savions pas où mettre les billets. J’ai eu l’idée de les emballer dans une affiche publicitaire d’Austin Cooper. Et je suis allé remettre le tout à Villepin, à l’Élysée, en compagnie d’Eugène Allou, alors directeur du protocole de Laurent Gbagbo. Devant nous, Villepin a soigneusement déplié l’affiche avant de prendre les billets. Quand on sait comment le même Villepin a ensuite traité Gbagbo, cela peut donner à réfléchir…

 Jacques Chirac était-il au courant de toutes les remises d’espèces?

Bien sûr, tant que Villepin était en poste à l’Élysée. Lors des grandes remises de fonds, j’étais attendu comme le Père Noël. En général, un déjeuner était organisé avec Jacques Chirac pour le donateur africain, et ensuite, la remise de fonds avait lieu dans le bureau du secrétaire général. Une fois, j’étais en retard. Bongo, qui m’appelait « fiston » et que j’appelais « papa », m’avait demandé de passer à 14h 45. Nadine, la secrétaire de Villepin, est venue me chercher en bas et m’a fait passer par les sous-sols de l’Élysée. J’avais un gros sac de sport contenant l’argent et qui me faisait mal au dos tellement il était lourd. Bongo et Chirac étaient confortablement assis dans le bureau du secrétaire général de l’Élysée. Je les ai salués, et je suis allé placer le sac derrière le canapé. Tout le monde savait ce qu’il contenait. Ce jour-là, j’ai pensé au Général, et j’ai eu honte.

«Dominique est quelqu’un de double»

Après la réélection de 2002, Villepin a quitté l’Élysée pour le ministère des Affaires étrangères. Avec qui traitiez-vous?

Toujours avec lui. Cela a continué quand il est passé au Quai d’Orsay, à l’Intérieur, et aussi quand il était à Matignon. Place Beauvau, un nouveau « donateur », le président de Guinée équatoriale Obiang NGuéma, a voulu participer. J’ai organisé un déjeuner au ministère de l’Intérieur, en présence du président sénégalais Abdoulaye Wade et son fils Karim, au cours duquel Obiang NGuéma a remis à Villepin une mallette contenant un million et demi d’euros. Parfois, Dominique sortait directement l’argent devant nous, même si je venais accompagné d’un Africain, et, sans gêne, il rangeait les liasses dans ses tiroirs. Pour l’anecdote, je lui laissais parfois la mallette sans qu’il l’ouvre en lui donnant le code de la serrure… Une autre fois, lorsqu’il était à Matignon, Villepin s’impatientait parce que l’ambassadeur du Gabon était en retard. Il est finalement arrivé tout essoufflé avec un sac contenant 2 millions d’euros. « C’est lourd », disait-il… en frôlant l’infarctus.

À cette époque, en pleine affaire Clearstream, Dominique de Villepin a toujours évoqué les consignes présidentielles de « moralisation de la vie publique »…

Oui, en public, il a toujours eu ce discours. Dominique est quelqu’un de double. Un individu à deux faces. Pendant toute la période Clearstream, à plusieurs reprises, il était euphorique. « On va bourrer le nabot », disait-il en parlant de Nicolas Sarkozy. Il était certain, pendant des mois, que l’affaire Clearstream allait tuer politiquement son rival. Au total, après qu’il eut quitté l’Élysée, j’estime avoir remis à Villepin, en direct, une dizaine de millions de dollars. Et, outre cet argent liquide, je lui ai remis des « cadeaux »…

Quel genre?

Je me souviens d’un bâton du maréchal d’Empire, qui lui avait été offert par Mobutu. Bongo et Gbagbo lui ont aussi offert de superbes masques africains. Bongo lui a offert des livres rares, des manuscrits de Napoléon… Chirac a reçu des cadeaux splendides, aussi. Je me souviens d’une montre Piaget offerte par Bongo, qui devait réunir environ deux cents diamants. Un objet splendide, mais difficilement portable en France…

Comment savez-vous cela?

J’avais accès au gestionnaire du compte parisien d’Omar Bongo, et il m’est arrivé d’aider certaines personnes proches de Dominique, qui en avaient besoin. Avec « papa », nous avions un code: entre nous, nous appelions Villepin « Mamadou », parce qu’autrefois un secrétaire général du président gabonais se prénommait ainsi. Il me suffisait de dire : « Papa, ‘Mamadou’ a besoin de quelque chose. » Et Omar Bongo me disait de faire le nécessaire.

«Grâce à son ingratitude, je suis allé voir Nicolas Sarkozy»

Vous disiez que les remises d’espèces ont continué quand Villepin était à Matignon…

Bien sûr. Les présidents africains avaient dans la tête que Villepin allait préparer la présidentielle. Omar Bongo, place Beauvau, lui avait dit : « Dominique, entends-toi avec Nicolas. » Et Villepin lui avait ri au nez et lui avait répondu : « J’irai à Matignon, puis à l’Élysée. » Il avait un sentiment de toute-puissance à cette époque. Je me souviens d’un jour, au Quai d’Orsay, où sa secrétaire m’appelle en urgence. « Camarade, un double whisky aujourd’hui, la ration John Wayne », me lance Dominique dans son bureau. Il avait quelque chose à me dire : « Aujourd’hui, j’ai atteint l’âge du général de Gaulle le jour de l’appel du 18 juin, j’ai 49 ans, Robert! Je serai l’homme du recours! » Il a prononcé plusieurs fois cette phrase – « Je serai l’homme du recours » – en imitant la voix du Général. En rentrant chez moi, j’ai dit à ma femme qu’il y avait peut-être un problème…

Comment cela s’est-il arrêté et pourquoi?

 Fin 2005, la dernière semaine de septembre. Nadine, sa secrétaire, m’appelle selon le code : « Nous allons acheter des fleurs. » Cela voulait dire que l’on se retrouve devant le Monceau Fleurs du boulevard des Invalides. Elle venait me chercher en voiture pour m’amener à Matignon. Ce jour-là, elle m’a fait entrer par l’arrière et m’a laissé dans le pavillon de musique. Villepin m’a fait attendre une demi-heure. J’ai tout de suite eu l’intuition qu’il y avait un problème.

Que s’est-il passé?

Il est arrivé et a lancé un drôle de « Alors, camarade, ça va? », avant de m’expliquer : « L’argent de Sassou, de Bongo, de tous les Africains, sent le soufre. C’est fini », a-t-il poursuivi… Je me souviens de sa phrase : « Si un juge d’instruction vous interroge, vous met un doigt dans le cul, cela va mal finir. » Il parle exactement comme cela. Je l’ai bien regardé. Je lui ai dit qu’il m’emmerdait et je suis parti en serrant la mâchoire. Il m’a couru après en disant « camarade, camarade! », m’a rappelé cinq ou six fois dans les jours qui ont suivi. J’avais décidé que ce n’était plus mon problème. Grâce à son ingratitude, je suis allé voir Nicolas Sarkozy.

Comment cela?

Nicolas Sarkozy m’a écouté, je lui ai raconté tout ce que je vous raconte aujourd’hui. Même lui, il m’a paru étonné. Je l’entends encore me demander : « Mais qu’est-ce qu’ils ont fait de tout cet argent, Robert ? » Il m’a dit aussi : « Ils t’ont humilié comme ils m’ont humilié, mais ne t’inquiète pas, on les aura. » Je l’ai revu la semaine suivante. Nicolas Sarkozy m’a dit : « Robert, là où je suis, tu es chez toi », et m’a demandé de travailler pour lui, mais sans le système de financement par « valises ».

«L’argent d’Omar Bongo a payé le loyer pendant des années»

Les financements africains auraient-ils cessé pour la campagne de 2007? Difficile à croire… D’autant que Sarkozy, à peine élu, s’est rendu au Gabon et a annulé une partie de la dette gabonaise…

Je dis ce que je sais. Ni Omar Bongo ni aucun autre chef d’État africain, par mon intermédiaire, n’a remis d’argent ni à Nicolas Sarkozy ni à Claude Guéant.

Vous étiez proche de Laurent Gbagbo, vous n’avez pas été invité à l’intronisation d’Alassane Ouattara…

Laurent Gbagbo est un ami de trente ans. Il m’a raccroché au nez la dernière fois que je l’ai appelé. J’étais dans le bureau de Claude Guéant et c’était dans les derniers jours avant sa destitution… Il ne voulait plus prendre ni Sarkozy ni Obama au téléphone. Il ne voulait rien entendre et m’a dit : « C’est la dernière fois que je te parle. » Par la suite, tout le monde le sait, Alain Juppé m’a fait enlever de la liste des invités pour l’intronisation de Ouattara.

Vous en voulez à Alain Juppé…

Lui aussi me fait sourire quand je l’entends donner des leçons de morale. Je vais finir par cette histoire qui remonte à 1981. Alain Juppé a pris la tête du Club 89, un cercle de réflexion de chiraquiens qui s’est installé dans de superbes locaux de l’avenue Montaigne. C’est moi qui ai signé le bail du loyer, qui était de 50.000 francs mensuels, une somme pour l’époque. D’ailleurs, le téléphone du 45, avenue Montaigne était à mon nom! L’argent d’Omar Bongo a payé le loyer pendant des années, entre 1981 et 1992. Les espèces du président gabonais ont fait vivre les permanents pendant des années… Le secrétaire général du Club 89, Alain Juppé, ne pouvait pas l’ignorer. Je sais qu’aujourd’hui tout le monde a la mémoire qui flanche. Moi, pas encore.

Laurent Valdiguié, Le Journal du Dimanche