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Laurent Gbagbo : Un homme, un parcours,…une histoire

« Laurent Gbagbo : Un homme, un parcours,…une histoire » par aymard

Un combat pour la liberté

Laurent Koudou Gbagbo est né le 31 mai 1945 à Mama, près de Gagnoa dans l’ouest de la Côte d’ivoire.

Le 16 juillet 1964, il assiste à l’arrestation de son père, Koudou Paul au motif que ce dernier voulait attaquer le convoi présidentiel avec des flèches empoisonnées. Cette humiliation des premières années d’adolescence a trempé son caractère, a forgé son destin au feu des épreuves et a été pour Laurent Gbagbo une douleur fondatrice.

Pour la lutte, il a interrompu sa carrière universitaire au grade de maître-assistant. Il a soutenu sa thèse de doctorat de 3ème cycle sur « La vie politique en Côte d’Ivoire de 1940 à 1960 », en 1979, à Paris VII. Il avait programmé sa thèse d’Etat pour être soutenue fin 1983 ou début 1984, au plus tard. Mais il est allé en exil. C’est le militantisme syndical qui a conduit Laurent Gbagbo à la politique. Il voulait accéder au pouvoir parce qu’il pensait qu’il avait les atouts pour donner à la Côte d’Ivoire un visage nouveau, celui de la démocratie.

Alors qu’en 1971, Laurent Gbagbo venait d’être arrêté et incarcéré au camp militaire d’Akouedo, sa première épouse Jacqueline Chamois a été expulsée, avec son fils aîné Michel Gbagbo âgé d’un an et six mois. Les motifs de l’expulsion ? Ecoutons le ministre M’Bahia Blé, ministre de la Défense, arrivé à Akouédo pour annoncer la nouvelle : « Monsieur Gbagbo Laurent, votre épouse est une communiste de Lyon. Nous venons de la renvoyer ». Comme si communiste de Lyon était plus dangereux que communiste de Moscou ou de Pékin ! (Laurent Gbagbo, Duparc, p. 15).

Contraint à l’exil le 25 mars 1982, Laurent Gbagbo part en France, laissant seule sa compagne Simone Ehivet qui, en juin 1981, venait d’accoucher de jumelles. En l’absence de son mari et de son apport financier, elle a assumé l’éducation de ses filles en jouant à la fois les rôles de père et de mère. Après le congrès constitutif du FPI les 19 et 20 novembre 1988, Simone Ehivet va coiffer à la fois trois casquettes qui feront d’elle « la femme à abattre » du PDCI et de son chef.

1 – Elle est la Secrétaire générale du SYNARES, c’est-à-dire du syndicat, qui aux yeux du pouvoir conduit la contestation en milieu universitaire.

2 – Elle est également la Secrétaire générale du FPI, parti quasi clandestin créé en vue de prendre le pouvoir d’Etat et l’exercer.

3 – Elle est la compagne de Laurent Gbagbo, unique opposant déclaré au régime du parti unique. ». (Intervention du ministre Tagro au baptême de la promotion 2007-2009 des élèves commissaires et officiers de police avec pour marraine Simone Gbagbo).

Il revient en Côte d’Ivoire en 1988. En février 1992, son épouse Simone, son fils aîné Michel Gbagbo et lui-même ont été arrêtés et mis en prison au cours d’une marche de protestation organisée pour réclamer justice pour les étudiants sauvagement réprimés par les forces de l’ordre, à la Cité universitaire de Yopougon, en 1991. Sa femme fût battue à sang. Elle a été battue jusqu’à ce qu’elle perde connaissance. Dans une conférence de presse, le mardi 18 février 1992, le Premier Ministre d’alors, Alassane Dramane Ouattara prétendait avoir vu Laurent Gbagbo briser les vitres avec un gourdin à la main et incendier des voitures.

En Octobre 2000, il sortit vainqueur des élections organisées par le général Robert Gueï, autoproclamé chef d’Etat suite au coup d’état du 24 décembre 1999. Le peuple, mobilisé, était dans la rue pour s’opposer à la confiscation du pouvoir et au « hold up électoral » que tentait de faire le général Gueï.

Devoir de Mémoire…l’origine des troubles

Dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, alors qu’il était en visite officielle en Italie où il devrait être reçu le 20 septembre 2002 par le Pape Jean-Paul II pour réclamer l’argent du pays placé à la banque du Vatican par Houphouët, un coup d’état est annoncé se produire contre lui. Il prend aussitôt l’avion et rentre à Abidjan où une horde d’assaillants venus du Burkina Faso, du Liberia et d’autres pays de la sous-région était entrée en Côte d’Ivoire dans l’ultime but de faire tomber son régime qui n’aura totalisé qu’à peine deux (02) années de gestion. Le coup d’état échoua puisque les agresseurs avaient sous estimé la capacité de défense de la garde républicaine qui a défendu la souveraineté du pays.

D’après le Dr Gary K. Busch, il y avait à peu près 650 rebelles qui avaient occupé la seconde grande ville, Bouaké. Ces rebelles étaient les recrues de Guei qui n’avaient pas été retenues dans l’armée. Ils avaient peu d’équipements et peu de munitions, car ils s’attendaient à un conflit qui durerait moins de cinq jours. Le président Gbagbo était à Rome pour rencontrer le Pape, et les rebelles, profitant de l’occasion, étaient sûrs qu’ils pouvaient réussir le coup en l’absence du Président. Mais quand l’attaque a été déclenchée, les troupes loyalistes ont répliqué. Elles avaient même réussi à encercler les rebelles en les piégeant dans toute la ville et avaient tué à peu près 320 d’entre eux. Elles s’apprêtaient à lancer l’assaut final sur les 320 rebelles restants quand elles ont été brusquement freinées dans leur élan par le commandant français qui dirigeait les troupes françaises stationnées en Côte d’Ivoire. Ce dernier a demandé 48 heures de cessez-le-feu afin d’évacuer les ressortissants français et les quelques fonctionnaires des Etats-Unis de la ville.

Les troupes loyalistes ont demandé d’attendre qu’elles reprennent d’abord Bouaké des mains des rebelles, mais les Français ont fermement insisté et obtenu le délai de 48 heures. Durant tout ce temps, des soldats français descendaient sur Bouaké à l’aide de parachutes pour prêter main forte aux rebelles. Il était alors devenu impossible pour les loyalistes d’éviter l’affrontement avec les troupes françaises s’ils devaient lancer l’assaut sur les rebelles.

Profitant de ces 48 heures, l’armée française avait commandé trois avions Antonov-12 affrétés qui se trouvaient à Franceville au Gabon. Ceux-ci contenaient tout le nécessaire militaire fourni par la France à partir de l’Afrique Centrale. Des chargements supplémentaires ont été acquis à Durban. Les avions affrétés survolaient la région du Nimba, au Liberia (vers la frontière ivoirienne) et aussi les zones assiégées par les rebelles en Côte d’Ivoire (Bouaké et Korhogo) où ils donnaient un coup de main aux rebelles. Des camions de transport de marchandises déversaient des combattants civils rebelles en provenance du Burkina Faso à destination de Korhogo. Une fois à destination, ces combattants recevaient les équipements que les français avaient fait venir d’Afrique centrale et d’Ukraine.

A partir de ce moment, il y eut 2500 soldats armés du côté des rebelles essentiellement des mercenaires venus du Liberia et de la Sierra Léone, qui étaient aussi embarqués dans les mêmes avions. Ils étaient armés de kalachnikovs et autres armements qui n’avaient jamais fait partie de l’arsenal militaire ivoirien. Par la suite, la France leur a fourni un équipement de communication très sophistiqué. (Dr Gary K. Busch sur ocnus.net le 13 mars 2003).

Après l’échec du coup d’Etat et de sa mutation en rébellion soutenue et organisée par la France, il était devenu impératif pour Paris de faire admettre à tous qu’il n’y avait pas de solutions militaires. Il y eut donc les accords de Linas-Marcoussis où Laurent Gbagbo est invité à négocier avec les agresseurs de la Côte d’Ivoire. Il lui est même demandé de céder une partie de ses pouvoirs à un nouveau Premier ministre dans le cadre de la formation d’un gouvernement d’union nationale ; ce qu’il fît pour promouvoir la paix. Article 3.c de Marcoussis : « Le gouvernement de réconciliation nationale sera dirigé par un Premier ministre de consensus qui restera en place jusqu’à la prochaine élection présidentielle à laquelle il ne pourra se présenter ».

Le 4 février 2003, les Français réussissent (comme ils l’ont fait dernièrement avec la Libye) à obtenir une résolution, par le biais du Conseil de sécurité des Nations-Unies, les autorisant à conduire les opérations pour le maintien de la paix en Côte d’Ivoire, aux côtés des troupes qui devaient être envoyées par la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Et voilà les troupes françaises à Abidjan pour parachever l’œuvre déstabilisatrice entamée en Septembre 2002.

2004, jour de la « crise des chars » à l’Hôtel Ivoire. 35 chars de l’armée française s’étaient garés devant la résidence du Président Gbagbo. Que voulaient-ils faire ? Nul n’a la réponse. En tout cas, le bouclier humain formé par les jeunes patriotes autour de la résidence était bien expressif du sentiment qui animaient ces jeunes ivoiriens venus défendre leur leader qui pour eux étaient en danger. Pour neuf (09) soldats français qui auraient été tués à Bouaké par l’armée ivoirienne, l’armée française détruit systématiquement tous les aéronefs de l’aviation ivoirienne, boucle l’aéroport international et met les points stratégiques du pays sous contrôle au point où le cortège du Président sud-africain (alors à Abidjan) ait été soumis à certains endroits à des fouilles des militaires français. Aberrant !!!

A l’hôtel ivoire d’Abidjan, des soldats français ont fait un carnage en tirant avec des balles réelles sur une foule de jeunes aux mains nues. Bilan 50 morts et 200 blessés. Pathétique !!!

Et depuis, de négociations en négociations, d’accords en compromissions – Marcoussis 1 et 2, rencontre des Chefs d’Etat » de Kléber, Lomé, Accra, Pretoria, accords de Ouagadougou – la Côte d’Ivoire n’a pu avancer vers la stabilité. Il y eut donc les élections de Novembre 2010 qui devraient apporter la paix dans le cœur des ivoiriens, dans le pays et dans la sous région. Ces élections qui devraient apporter aux ivoiriens, un pays, une administration, une justice, une armée et une police unifiée a débouché sur 2 résultats, 2 présidents, 2 gouvernements autoproclamés ; l’un reconnu par la constitution et l’autre (le candidat de l’étranger) reconnu par la communauté internationale qui se résume à la France et aux Etats-Unis et dans une moindre mesure à leurs laquais sous régionaux.

Pour régler ce problème, le premier proposa le recomptage des voix et le second, tout ergot dressé demanda au premier de quitter le pouvoir au risque de « tomber comme un fruit pourri » (Alassane dans une conférence de presse en Janvier 2011). La solution la plus adéquate était pourtant le recomptage des voix ou alors on procède à la reprise des élections ; les fraudes ayant été légion dans les zones CNO où d’ailleurs les rebelles ont refusé de désarmer avant les élections alors que les accords de Ouagadougou stipulaient clairement le désarmement puis les élections. L’objectif  inavoué de ce refus de désarmement d’avant les élections était alors le renversement du Président Laurent Gbagbo pour  imposer Ouattara quelque ce soit le verdict des urnes.

Nous sommes en février 2011, un fameux commando dit « invisible » s’installa à Abobo où il se mit à harceler les forces de défense ivoirienne. Ce commando « invisible » a infligé de lourdes pertes aux forces de défense ivoiriennes ; des jeunes soldats de l’armée ivoirienne étaient kidnappés et égorgés en pleine journée à Abobo au nom de l’arrivée de Ouattara au pouvoir. Le chef de ce commando, c’est Ibrahim Coulibaly dit IB ; ancien garde du corps des enfants de Ouattara. Il fut mis hors d’état de nuire le 27 avril 2011 par les nouvelles forces de celui pour qui il a pris les armes en 1999, en 2002 et qu’il est revenu aider en 2011, celui qu’il appelait « papa »,  Alassane Ouattara.

Avril 2011 : après des semaines d’intenses bombardements de la résidence présidentielle par la force française Licorne, le Président Laurent Gbagbo fût arrêté et remis aux rebelles venus sur les lieux constater la chose. Sans l’Onuci, ces derniers n’auraient d’ailleurs jamais pu venir à Abidjan car la plupart d’entre eux ont été héliportés de Bouaké à Abidjan, Yamoussokro et consorts ; on ne fait pas 100 km en quelques heures alors que les forces de défense ivoirienne tenaient encore bon leurs positions dans le centre du pays.

Mai 2011 : Investiture de Ouattara lors d’une cérémonie théâtrale. Investi sur 3.000 morts comme sous préfet puisque depuis lors, il ne reçoit des ordres que de l’Elysée qui pour lui faciliter la tâche compte tenu de sa silhouette nonchalante qui supporte difficilement ses 20 années d’atrocités et de crimes, a décidé de lui coopter des conseillers français ; au moins ça fera quelques chômeurs de moins en France.

Novembre 2011 : Transfert de Laurent Gbagbo à la CPI

Comme il fallait s’y attendre, dans la nuit du 29 au 30 novembre, Laurent Gbagbo est envoyé à la CPI parcequ’accusé de crimes contre l’humanité commis lors des violences post-électorales de 2010-2011 alors qu’il est celui là même qui a demandé aux forces de défense ivoiriennes qui ripostaient aux attaques de la force française Licorne sur sa résidence et aux rebelles dans Abidjan, de ne plus livrer bataille pour ne pas se faire tuer inutilement par les rebelles et les soldats français de la Licorne qui tiraient sans vergogne sur les jeunes soldats de l’armée ivoirienne. Pour certains pyromanes qui chantent sur tous les toits « réconciliation, réconciliation », c’est une affaire de gros muscles. Elle vient carrément d’être mise sur béquilles. L’histoire est têtue et ces rancœurs ne se tairont guère.

Qui de Ouattara ou de Gbagbo devrait aller à la CPI ?

La crise post-électorale a fait 3.000 morts. Qui en porte la responsabilité ? Pourquoi a-t-il eu crise post-électorale ? Et pourquoi avoir limité la saisine de la Cour pénale internationale aux seuls crimes post électoraux ? Même limitée aux seuls crimes post électoraux, Ouattara, Soro et compagnie ne peuvent être épargnés.

Nous ne serions peut-être pas ici à conjecturer si Ouattara avait laissé Gbagbo finir tranquillement son mandat entamé le 26 Octobre 2000 au lieu de lui pourrir et de pourrir la vie aux ivoiriens par ces coups d’état répétés. Alors que les rebelles de Ouattara dans leur progression sur la capitale ont commis des exactions des plus atroces, leur mentor les a promus. Qui général, qui commandant, qui garde du corps, etc…

La plus spectaculaire de ces exactions et crimes contre l’humanité est l’exemple de Duékoué (1.200 morts). Heureusement que Gbagbo n’était pas à Duékoué sinon on le lui aurait imputé.

Il y a aussi l’exemple du Ministre Tagro, lâchement défiguré puis assassiné par les hommes de Ouattara le 11 avril 2011. Ocampo a décidé de voir ce qui arrangeait ses maîtres et lui. La guerre civile dans un pays ne dépend pas du pouvoir, elle dépend de l’opposition. C’est l’opposition qui est républicaine ou pas. Alassane dans l’opposition, c’est la guerre.

Alpha Blondy, avant qu’il ne change sa veste en 2011 le disait d’ailleurs abondamment.

Alpha Blondy à Notre voie en 2009 : « Je signe et je persiste qu’Alassane Ouattara est à l’origine du coup d’Etat de 1999 qui a entraîné la guerre. Il est à l’origine de tous les problèmes que nous vivons aujourd’hui. Depuis qu’il est venu dans ce pays, nous avons rompu avec la tranquillité et la sérénité… M. Ouattara est largement le commanditaire de la rébellion, you know… Ce que Koné Zakaria (un des chefs rebelles, ndlr) dit est clair – je comprends bien le malinké. Il a dit : «Nous avons pris les armes, pas pour IB, mais pour Alassane Ouattara». Et que c’est lui qui leur envoyait 25 millions de FCFA par mois… Dans la crise ivoirienne, M. Gbagbo, Bédié, Guéi, Soro et Wattao ne sont que des asticots. Et la mort, c’est M. Alassane Ouattara. ».

Avec Laurent Gbagbo dans l’opposition, la Côte d’Ivoire a connu 30 ans d’opposition, 30 ans de paix, 30 ans de vie politique sans prendre les armes. Il demeure que le Président Laurent Gbagbo connaît un cycle de souffrances tous les 10 ans : 1972 (internement dans les camps militaires d’Akouédo, de Séguéla, de Daloa et de l’Ecole des Forces Armées de Bouaké), 1982 (le complot des enseignants bété), 1992 (arrestation suivie de l’emprisonnement), 2002 (guerre suivie d’une crise multiple et multiforme), 2012 ??? La CPI le condamnera peut-être pour avoir défendu vaille que vaille son régime contre une agression néocoloniale. Les criminels, c’est ceux qui se défendent et les agresseurs, eux sont célébrés.

Pour ceux qui ne l’avaient pas reçu, je mets en ligne le document « Massacre de Côte d’Ivoire » afin qu’ils puissent mesurer l’ampleur de l’œuvre de destruction entreprise à Duékoué. Si la CPI était sérieuse, elle se serait occupée du cas Ouattara en premier lieu.

Télécharger MASSACRE EN CÔTE D’IVOIRE

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Michel Gbagbo : « je n’ai pas connu mon père comme je l’aurais souhaité »

Je vous propose l’une des rares interviews de Michel Gbagbo – puisqu’il ne parle presque jamais – arrêté le 11 Avril 2011 aux côtés de son père dans la résidence présidentielle et torturé par les hommes de Ouattara.

Fils du président Laurent Gbagbo, Michel Gbagbo a accordé en Juin 2010 une interview à Gbich !, le journal d’humour et de BD ivoirien.

Gbich : Comment dois-je te présenter ? Michel Gbagbo, le fils du PR… ou Michel Gbagbo tout court ?

Michel Gbagbo : Bonjour à toi et aux lecteurs de Gbich !… je suis Michel Gbagbo et je suis le fils du PR… Donc, tu fais comme tu veux, car il s’agit de la même personne.

Gbich : N’empêche que ce nom t’ouvre des portes ?

Michel Gbagbo : ça peut aussi me les fermer hein… C’est donc à double tranchant. C’est vrai que quand Michel Gbagbo appelle pour demander un RDV, que ce soit dans l’administration civile ou militaire, ou même dans l’entourage du PR, les gens ont tendance à lui donner le RDC vite.

Gbich : Que fais-tu exactement dans la vie ?

Michel Gbagbo : Je suis Directeur de la Communication et de la formation au Comité National de Pilotage du Redéploiement de l’Administration (CNPRA). C’est une structure interministérielle chapeautée par le Premier Ministre Soro qui est lui-même assisté par le ministre de l’intérieur et celui de la fonction publique. J’enseigne également à l’UFR de criminologie à l’Université de Cocody où je suis assistant en psychologie.

Gbich : Tu es un refondateur alors ?

Michel Gbagbo : Ce mot a tellement été galvaudé aujourd’hui que je prends mes distances avec ça.

La refondation c’est l’essence du programme de gouvernement proposé par le FPI. Mais, la guerre n’a pas permis sa mise en œuvre totale. Alors, vu les difficultés du pays, nos adversaires ont galvaudé ce terme « Refondateur » pour donner l’image du monsieur qui détourne l’argent, qui a de nombreuses 4×4 et beaucoup de maîtresses etc. ce qui n’est pas du tout l’image du FPI.

Gbich : C’est quoi ton parcours ?

Michel Gbagbo : J’ai eu le Bac au Lycée Technique d’Abidjan en 1990 et mon nom ayant mystérieusement disparu de tous les fichiers, je n’ai pas été orienté. Or, à l’époque une loi interdisait aux bacheliers non orientés de s’inscrire à l’Université. Et mes parents n’ayant pas les moyens, je me suis quand même débrouillé pour m’inscrire avec mon passeport français. J’ai dû payer 100.000F et en 2e année il y a eu les évènements de 92 qui m’ont conduit en prison. A ma sortie, la vie a continué et quand j’ai eu le DEA, je n’ai pu m’inscrire parce que la hiérarchie de l’Université a refusé.

Quand j’ai senti toutes ces barrières, je suis allé travailler en France. Revenu au pays, j’ai intégré le cabinet d’un parent et j’ai enseigné la géographie économique au CBCG de Cocody. Par la suite, avec des amis, j’ai ouvert un cabinet de formation et de conseil en communication. Aujourd’hui j’ai arrêté mes activités privées pour me réinscrire à l’Université où j’ai soutenu ma thèse. Et là, comme il n’y avait plus d’obstacles, j’ai pu intégrer l’Université.

Gbich : Quel genre de père était le P.R, dans ton enfance ?

Michel Gbagbo : Mon enfance s’est essentiellement passée loin de mes parents car, ils étaient séparés et lui n’avait pas le temps. Donc, j’avoue que je ne l’ai pas connu comme je l’aurais souhaité. Mais c’est un père très attentionné, qui en même temps nous a donné une certaine éducation. Un jour par exemple, on mangeait à table et ma cuillère est tombée sur la nappe. Mon père s’est levé et a ramassé les miettes sur la nappe pour les manger en me disant : « Mon petit, avec tout ce qui est tombé sur la nappe, on peut remplir une assiette… car il y a des gens qui n’ont rien à manger ». A la maison, les plats que nous n’aimions pas, il exigeait qu’ion nous les fasse jusqu’à ce qu’on finisse par les aimer. Car, dit-il un garçon doit tout manger et ne jamais avoir de totem.

Gbich : ES-tu un fils à papa ?

Michel Gbagbo : Même si je suis le fils d’un papa Chef de l’Etat, je ne me considère pas un fils à papa. Bien vrai que j’ai des avantages matériels : voiture, carburant, maison etc.

Mais j’ai acquis des choses moi-même par mon expérience professionnelle et par mon travail. Je le dis souvent à mes amis, quelle que soit la personne qui sera président, on ne peut pas m’arracher ce que je sais faire : Mon goût pour la littérature, mes diplômes, mon métier, mes connaissances etc. ce sont là des choses qui n’ont rien à voir avec la fonction du père. C’est vrai dans la vie, parfois on évolue par quelqu’un, alors je ne vais pas me plaindre d’avoir un papa président.

Gbich : Quand je dis Joseph Désiré Kabila, Faure Eyadéma, Ali Bongo…etc. à quoi penses-tu ?

Michel Gbagbo : Ce ne sont pas forcément des chemins tracés, parfois c’est le destin. Donc ils essaient de gérer la situation. Et puis, chaque pays a ses réalités. Moi me concernant, je ne serais surtout pas comme eux. Car mon principe est le suivant : « un seul par famille et par siècle c’est suffisant ». la pays regorge de beaucoup d’ivoiriens capables de diriger ce pays là plus tard. Nous les enfants de la famille du PR actuel, je pense que nous sommes un peu comme ceux des familles Houphouët et Bédié. C’est-à-dire qu’on ne court pas pour devenir Président de la République.

Gbich : Les ivoiriens connaissent très peu Mme ta mère, qui est aussi une 1ère dame ?

Michel Gbagbo : Tu parles de ma mère biologique ? C’était en effet, la première épouse légitime de l’actuel président. Mais, tu sais, je n’aime pas trop aborder ce sujet, car chaque personne a peut-être besoin qu’on ne parle pas de sa vie privée et l’expose dans les journaux. Et puis, es-ce important pour les ivoiriens de savoir qu’elle était la première femme de Gbagbo, il y a 40 ans ? Je pense que non, car ils ont d’autres soucis.

Gbich : Ta mère est étrangère, alors tu es un « ou »

Michel Gbagbo : C’est tout à fait juste. Je suis en effet, ce qu’on appelle un « ou » 100% et je l’assume. Je suis ivoirien et français. je ne suis pas Franco-Ivoirien ni Ivoiro-Français, je suis Ivoirien et Français. Mais comme de toute façon à titre privé, je n’envisage aucunement devenir Président de la République, le problème ne se pose pas à mon niveau.

Gbich : Quels sont tes rapports avec la 1ère Dame, Simone Gbagbo ?

Michel Gbagbo : Ce sont les rapports d’une mère et d’un fils, sauf qu’ici il s’agit de la Première Dame qui elle aussi est comme son mari. Car elle respire politique, elle vit politique, elle mange politique, elle dort politique etc. C’est une famille de politiques. Mais comme je l’ai dit, ça ne nous empêche pas de vivre une vie de famille. Même si on sait que c’est très souvent la politique qui prime dans nos causeries.

Gbich : Comment vit-on sa vie de fils de Président ?

Michel Gbagbo : On vit en tenant compte de beaucoup de choses. Il y a le protocole qui est nécessaire pour mettre de l’ordre comme dans toute organisation. Même chez vous à Gbich ! Vous n’arrivez pas au travail en maillot de bain ? Alors que c’est possible si je te trouve chez toi à la maison. Il s’agit là de repères moraux. Car l’objectif c’est d’abord de ne pas ternir l’image du PR, en suite de ne pas interférer dans les affaires de la République et enfin et surtout de ne jamais profiter de sa situation pour s’enrichir. Parceque être le fils du Président, ce n’est pas une fonction ; c’est un accident de l’histoire, un hasard biologique. Voilà donc, les trois (03) repères moraux qui viennent de notre éducation et qu’on s’impose de respecter. Maintenant, en dehors de ça, rien ne m’empêche d’aller à la plage avec mon épouse, au restaurant etc. Je mène vraiment une vie normale.

Gbich : On ne te voit pas en boite, avec grosses cylindrées, nanas etc. comme les enfants de Président ?

Michel Gbagbo : Ce n’est pas mon genre… mais n’oublie pas que je suis fonctionnaire et tu as vu mon véhicule de fonction (une 307). Maintenant si le fils du PR est aussi PDG d’une multinationale, pourquoi ne peut-il pas rouler dans une grosse cylindrée digne de son rang ? Cela ne veut pas dire qu’il fait le malin… mais il travaille, et ça, à chaque fois qu’il va s’amuser, les gens vont se plaindre. Mais n’a-t-il pas droit à s’amuser aussi ? Bon comme moi, je vis une vie normale de fonctionnaire, avec maa voiture de service, y a pas de soucis et je ne jugerai pas les autres. Chacun a son éducation et à l’image qu’il veut donner.

Gbich : Tu es un homme d’affaires ? C’est ton père qui t’a financé ?

Michel Gbagbo : Tu me vois ici, es-ce que je suis un homme d’affaires ? Si je l’étais, j’allais en être fier et je n’allais pas le cacher puisque c’est un travail valorisant. Mais, je ne le suis pas ;  je suis fonctionnaire. Moi ma passion ce n’est pas l’argent, ni les biens matériels… ce qui me passionne, c’est plutôt la solidarité et le travail, car pour moi aimer Dieu c’est travailler.

Gbich : Tu es marié et père de famille… alors, pour ou contre la polygamie ?

Michel Gbagbo : Je suis marié… je vis avec ma femme depuis 17 ans et nous avons 03 enfants. Dans nos traditions, la polygamie a toujours existé et c’est culturel. L aloi actuelle montre ses limites dans son application et ça fait que dans toutes les couches sociales, politiques affaires, agricoles etc. on voit des gens bafouer allègrement la loi et personne n’en dit rien. Mais je pense qu’une chose est grandement et ouvertement pratiquée qu’elle est une bonne chose ? Il faut un vrai débat pour parler de ce sujet.

Gbich : Pourquoi les Ivoiriens devraient voter Gbagbo ?

Michel Gbagbo : C’est le seul qui peut gérer ce pays pendant et après la crise. Il a maintenu l’Etat debout. Tu sais, dans les pays en guerre, la surpuissance des organismes internationaux s’explique par le fait que l’Etat a disparu. Or, ici, l’Etat n’a pas disparu et a même réussi à remplir ses fonctions. Sans rancune, le PR a réussi à dialoguer avec la rébellion. Cela est fondamental, car aujourd’hui le PR a fait que les rebelles et l’opposition sont considérés comme un élément de la solution. Or, on se souvient que dans ses premiers discours au début de la crise, ceux-là étaient vus comme des éléments à écarter et à éliminer pour avancer. Il a su développer chez nous une certaine conscience nationale sans laquelle aucun développement n’est possible. Quelqu’un qui a fait tout ça dans un pays en guerre, on imagine ce qu’il va faire dans un pays en paix.

Gbich : Parles-tu le Bété ?

Michel Gbagbo : Malheureusement non… juste quelques mots ! Quand j’étais petit, ça allait ; puisque je faisais mes 03 mois de vacances au village. Mais avec l’exil et mon départ en France, j’ai tout perdu. Il me reste juste quelques mots, mais je ne peux plus parler. J’avouer que je suis déraciné.

Interview réalisé par Bléhiri Serge-Alex

Paru dans GBICH ! N° 556 du 18 au 24 juin 2010

Côte d’Ivoire : Bienvenue au Centre de Dressage Simone Gbagbo d’Odienné !

Debout ! Assis ! Debout ! Assis ! La Révolution Permanente vous souhaite la bienvenue, dans le Centre de Dressage FRCI d’Odienné, dans le Nord de la Côte d’Ivoire. Présentez-vous !

Moi je s’apel Abou Cissé dit « lé vié », Company Guépard, Zone 3. Moi je s’appel moi Ouadraogo Pissinga, Guépal zon 3. Moi je s’appel Koffi Dozo, j’ai plantair é Dozo, … et ainsi de suite, ils se présentent tous.

Alors comme vous avez fini de vous présenter, Moi c’est Simone GBAGBO, je vais vous apprendre à lire et écrire. Comme ça, si vos chefs demandent des rapports, vous allez pouvoir écrire. Je vais aussi vous apprendre à connaître d’autres choses que les militaires doivent savoir sur la Côte d’Ivoire ; des choses comme l’Hymne National, la Devise de la Côte d’Ivoire, etc. etc.

Alors, vous tous ici, c’est compagnie Guépard ? Oui Mandam !!! Un Guépard c’est quoi ? Silence de cimetière. Qui connaît ce que c’est qu’un guépard ?

Dans le fond : moi. Il se lève. Oui, Koffi Dozo ! Guépal c’est petit animau dozo. Y trappé viande en brousse pour manger lui !

Très bien ! Merci Koffi Dozo.

Alors venons-en aux choses sérieuses. Il faut le faire. Dresser ces broussards d’un autre âge, les domestiquer et en faire des hommes utiles et non nuisibles.

Ne me dites pas que vous assistez-là, à une drôle de dialectique du geôlier et du prisonnier. Une mère reste une mère, même vis-à-vis d’un bourreau. Un nationaliste reste un nationaliste, sauf si son engagement n’était qu’une farce pour se trouver du côté où ce discours nourrit son homme. Alors un intellectuel doublé d’une conviction nationaliste et panafricaniste, ça doit faire œuvre utile !

Et c’est ce chantier de l’engagement utile que cet Article 95ème de la Révolution Permanente nous invite à ouvrir partout où nous sommes et peu importent nos moyens, notre condition, notre colère, notre révolte. Il faut en tout temps et en tout lieu, poser un acte pour sauver la mère patrie, la Côte d’Ivoire, la Libye, l’Afrique !

Alors à Odienné, Simone GBAGBO arrêtée le 11 avril par l’Armée Française en même temps que le Président GBAGBO, livrée à la haine débordante des illettrés et buveurs de sang de l’Imposteur, nous invite depuis son lieu de déportation à mener le combat de la civilisation des renégats. Ce sont eux que l’envahisseur instrumentalise. Ce sont eux qui servent à porter le glaive dans les entrailles de nos Nations. Il faut alors les domestiquer, leur enseigner le civisme, l’amour de la Nation !

Qui connaît l’Hymne National de la Côte d’Ivoire ? De nouveau silence de cimetière. Vous êtes des militaires et vous ne connaissez pas l’Hymne National de Côte d’Ivoire ? Le Commandant geôlier en Chef va se lever et il se leva. Mandam, je suis au serré ! Ça là, Papa n’a pas montré nous oh ! Qui est Papa ? Papa Chérif, Chérif Ousmane.

Et pourtant ses hommes sont réputés les plus formés. Ici, Simone, l’instructrice médite. Alors voilà. L’Hymne National, c’est le chant que les militaires chantent quand ils font rassemblement autour du Drapeau de Côte d’Ivoire pour le faire monter haut sur un mât. Ce chant-là s’appelle l’Abidjanaise ! Donc l’Hymne National de la Côte d’Ivoire, c’est l’Abidjanaise.

Han, Mandam, c’est femme de Abidjan il a fait chant qui est doux là ? Tchié, femme là est fort dèh !

Ah ignorance quand tu nous humilie notre Afrique ! Ah analphabétisme quand tu nous maintient dans l’abîme !

Très bien. Alors je vais vous apprendre à chanter chanson de Drapeau de Côte d’Ivoire qui est doux là !

Autre chose à présent. Quelle est la devise de la Côte d’Ivoire ? Ça murmure dans le fond. Ils se sentent agacés. Je devine naturellement. Le Commandant se lève de nouveau. Mandam, tout ça nous on connaît pas ! Y fo nous aider !

Bon esprit de collaboration. Je vois. Alors voilà : la devise de la Côte d’Ivoire, c’est comme le Cri de guerre de la Côte d’Ivoire. Le Cri de guerre des Ivoiriens. Ce cri c’est : Union, Discipline, Travail !

Et ainsi de suite. Puis encore et encore. Elle y va avec ce travail de fourmi, d’intellectuel, de personnes qui a compris qu’il faut transcender nos meurtrissures pour sauver la Côte d’Ivoire. D’abord les 26 lettres de l’alphabet. Un casse-tête chinois pour eux. Ensuite, les grands symboles de la République. Et plus tard ou peut-être concomitamment le Civisme, la valeur sacrée de la Vie humaine, la valeur sacrée de la Souveraineté Nationale, la valeur sacrée de la Liberté, le devoir citoyen de protéger la Nation contre les pillards et les voleurs.

Alors si je suis Journaliste, ma plume doit accélérer la mission de libération de la Côte d’Ivoire. Si je suis un militaire, mon art de la guerre doit ramener le sourire aux lèvres de ce peuple meurtri. Et si je suis un serviteur de Dieu, ma prière doit viser à mettre fin au règne du mal. Et chacun selon son petit métier !

Alors, Fiers Ivoiriens, le pays vous appelle et vous dit :

Salut ô terre d’espérance

Pays de l’hospitalité

Tes légions remplies de vaillance

Ont relevé ta dignité.

Tes fils, chère Côte d’Ivoire,

Fiers artisans de ta grandeur,

Tous rassemblés pour ta gloire,

Te bâtiront dans le bonheur.

Fiers Ivoiriens, le pays nous appelle

Si nous avons, dans la paix, ramené la liberté,

Notre devoir sera d’être un modèle

De l’espérance promise à l’humanité.

En forgeant unis dans la foi nouvelle,

La patrie de la vraie fraternité !

A très bientôt.

Hassane Magued

Agnès Tanoh : «Si Gbagbo est en prison, c’est à cause de son intégrité»

Selon Mme Agnès Tanoh, ex-Dame de compagnie de l’ex-Première Dame, Simone Gbagbo, l’emprisonnement du couple Gbagbo tient en réalité de leur intégrité. Exilée en Angleterre après sa sortie de l’Hôtel du Golf, elle a accepté de se prononcer sur l’actualité en Côte d’Ivoire et en Angleterre.

Présentez-vous à nos lecteurs.

Je suis agnès tanoh. ma fonction jusqu’au 11 avril 2011 était chef de Service chargé des Finances et moyens généraux au cabinet de la Première dame. Je suis membre du comité de contrôle du Front populaire ivoirien depuis 2000 après avoir été membre du Secrétariat général au poste de Sna (Secrétaire nationale adjointe) chargée des fédérations d’abidjan avec le député danho doubou de Songon et chargée du secrétariat permanent des réunions du Secrétariat général où le député akoun Laurent était mon correcteur. J’ai fait partie des secrétaires nationales adjointes au temps du ministre odette Likikouet avec mmes christine Konan, ouattara claudine, et marie odette Lorougnon Gnabri.

Mais ayant été également Dame de compagnie de l’ex1ère dame, aimeriez-vous l’appellation ex-1ère dame de compagnie ou Dame de compagnie ?

Je ne veux aucune de ces appellations. J’ai été dame de compagnie de mme la Première dame jusqu’en 2002. Si vous regarderez dans l’un des tout premiers numéros de Jeune Afrique qui a parlé de l’investiture du Président Laurent Gbagbo en octobre 2000, je suis la dame juste derrière la Première dame lorsqu’ elle descendait les marches avec son époux pour aller à la Salle des Pas Perdus, accroupie à côté de mme la Première dame et qui essuyait ses larmes. a cette période, j’occupais également le poste de Secrétaire particulière. Je faisais partie des premières personnes qui ont travaillé avec mme la Première dame dès l’ascension de son époux à la présidence de la république de côte d’ivoire. il y avait mme Yapo rosine, dr Walley corine, dr tayoro Gbotta et feu le ministre désiré tagro. Je suis restée Secrétaire particulière jusqu’en 2005, je crois, puis chef du Service administratif et financier, enfin chef du Service, chargée des Finances et de moyens généraux depuis quatre années environ. donc mon appellation professionnelle à ce jour est chef du service, chargée des Finances et des moyens généraux. L’actuelle dame de compagnie s’appelle mme Zakro nathalie. Je ne sais pas si les journalistes pensent que ce poste fait plus intime, mais cela dépend de la personne avec qui vous travaillez.

Combien d’années avez-vous passés aux côtés de Simone Gbagbo ?

Professionnellement depuis octobre 2000. Politiquement dans les hautes instances du parti (secrétariat général) depuis 1996.

A quoi consistait votre travail de Dame de compagnie, à «tenir compagnie et à distraire» comme le définit le dictionnaire ?

C’est une mauvaise définition en ce qui concerne la personne de Simone Gbagbo car elle n’a pas de temps de distraction. Elle n’est pas de ces Premières dames qui sont « sois belle et suis moi ». n’oubliez pas que la Première dame Simone Gbagbo est député d’abobo, Présidente du groupe parlementaire du Fpi, deuxième vice-présidente du Fpi, Secrétaire général du cnrd, chercheur, écrivain, épouse et mère de famille, mais aussi une chrétienne très pratiquante etc. avec toutes ses responsabilités, il ne lui reste pas beaucoup de temps pour la distraction et pour ce qu’elle trouve accessoire : le temps de coiffure, les essayages avec les couturières, le shopping. a mon temps, mon rôle consistait à veiller à cet accessoire, à la préparation de ses journées, de ses sorties et voyages, à recevoir quelques visiteurs vraiment personnels. et puis j’ai tellement de respect pour la Première dame pour qu’elle soit mon amie de jeu ou de radotage. Il faut dire que rares sont ses temps de distraction, mais quand elle s’y met, cela demande du temps. ce sont les films, le scrabble ou le puzzle et c’est aux rares occasions de vacances à l’extérieur.

Comment peut-on résumer la synergie entre vous et votre patronne ?

C’est pour moi comme une assistance de direction auprès du directeur. C’est comme cela que j’ai pris mon rôle parce que je ne sais s’il y a une formation pour ce poste, moi je l’ai fait sur le tas, donc certainement avec beaucoup d’imperfections.

Quelles sont les qualités d’une bonne Dame de compagnie?

Je pourrais dire, la disponibilité d’abord. Il faut être là avant le réveil de la Première dame. Mais avec Simone Gbagbo, c’est impossible. c’est une lève-tôt car c’est très tôt le matin ou tard dans la nuit qu’elle étudie sa Bible ou prie. C’est bien souvent à 22 heures, quand je rentrais que le couple se mettait à table. Après la disponibilité, il faut de la discrétion comme une bonne Secrétaire. Et puis du goût, car c’est vous qui préparez sa présentation (c’est une matière de secrétariat) pour ses sorties. Même si avec Simone Gbagbo, c’était difficile, toujours africaine, sans fard ni mascara ni rouge à lèvres. Pour elle, ce n’était pas l’essentiel et on a fini par s’habituer à sa simplicité que les poupées n’approuvent pas mais qui est très vite oubliée à cause de son charisme, de son niveau intellectuel et politique, de son esprit critique et de sa culture qui s’imposent au milieu de ses pairs.

Pourquoi vivez-vous à Londres ?

Je ne vis pas à Londres. Je suis en Angleterre pour l’instant comme tous les ivoiriens qui ont cherché un point de chute par ces moments d’insécurité en côte d’ivoire. Surtout que j’ai été sur la liste de personnes à abattre, une liste de mon quartier dressée au cours d’une réunion du rhdp. (J’ai porté plainte contre X à ce sujet à la gendarmerie de cocody, quelque temps avant que ma maison ne soit pillée le 30 mars.) Après ma sortie de la prison du Golf, j’ai été dans mon village à Bonoua. Au cours de cette même semaine, en plein 16 heures, alors que les sœurs du président du conseil général de Grand Bassam (qui est de Bonoua), sont venues me dire leur compassion, les Frci attaquaient sa maison. Un jour auparavant, c’était la maison de major amangou pendant deux nuits successives, alors ma famille a voulu que je me retire un peu, surtout que les rumeurs de la visite par les Frci de la cour familiale où j’avais trouvé refuge étaient récurrentes. Vous avez vu ce qui s’est passé après ? Le domicile du ministre adjobi, le campement juste à côté de celui de mon père, Laraba où j’étais souvent ont subi l’expertise de ces hommes. Je crois que mon domicile à Bonoua a été épargné parce qu’il n’avait aucun attrait. C’est pour préserver ma vie et celle de mes parents qui ne sont pas de mon combat que j’ai quitté momentanément Bonoua. De toutes les façons, je suis au chômage.

Les récentes émeutes britanniques ne vous ont pas touchée ?

Non. Je vis dans une petite ville à environ 60 km de Londres. Mais c’est triste de vouloir toujours s’exprimer par la violence. nous, nous avons été à l’école de Laurent Gbagbo, avec pour philosophie «asseyons nous et discu “J’ai tellement de respect pour la Première Dame pour qu’elle soit mon amie de jeu ou de tons». depuis 1990 en passant par le Front républicain avec le rdr à qui nous avions imposé notre style de revendication, nous avons fait des marches ou l’ambiance était bon enfant ; on hantait, un peu comme le font les militaires dans leurs entrainements. chaque marcheur était le surveillant de son voisin et souvent on y était par famille, par comité de base, par village donc vous comprenez que cela me désole énormément de voir tout ce gâchis en côte d’ivoire comme en Angleterre. Il faut qu’on apprenne que c’est pierre après pierre que chacun ferra grandir et développer notre pays. Mon père était connu sous le sobriquet de petit à petit l’oiseau fait son nid. La destruction des biens ne fait que nous appauvrir davantage. C’est malheureux de voir des monuments détruits parce qu’on n’est pas d’accord avec quelqu’un. Aujourd’hui, les allemands regrettent d’avoir cassé le mur de Berlin qui, même si c’était une parenthèse honteuse, est un pan de leur histoire qui pourrait rappeler aux générations futures «plus jamais ça».

Avez-vous les nouvelles de vos patrons, le couple Gbagbo ?

Non, pas directement, malheureusement. Cet éloignement est fait sciemment et pour deux raisons, selon moi. en 1992, lors de leur première arrestation, par m. alassane dramane ouattara, alors Premier ministre du Président houphouët, (il en a été félicité par le Président Bédié, alors Président de l’assemblée nationale, comme pour dire que le chien ne change pas sa manière de s’asseoir), il y a eu un tel déferlement sur la maca… La nourriture ne manquait pas, outre les tonnes de denrées de grands planteurs comme Sassan Kouao, Baba adou, Bléhoué aka, il y avait une rotation pour la nourriture aux prisonniers par comité de base et section, en ce moment, j’étais responsable de la base «dynamisme » de Yopougon toits rouges. Les auteurs de ces nouvelles arrestations ont peur de cette affluence qui démontrerait encore si besoin en était, la popularité de ces prisonniers politiques mais surtout l’affection que le peuple ivoirien porte à son Président Laurent Gbagbo et à tous les autres prisonniers. La deuxième raison, c’est la peur continue d’une mutinerie que vivent les hommes forts. Ces grands prisonniers sont leurs otages. C’est pourquoi cet éloignement nécessite une vigilance accrue de la part de la presse qui est devenue aujourd’hui le Service des renseignements généraux des ivoiriens, leurs informateurs.

Que pensez-vous de l’inculpation du couple Gbagbo pour «crimes économiques»?

Je ne sais pas ce que referme ce langage juridique, mais s’il s’agit de détournements de deniers publics, de pots de vins, alors je me réjouis car ils seront bientôt libérés. Justement s’ils sont en prison, c’est à cause de leur intégrité. Pour Gbagbo, c’est devenu une légende car même au temps du Président houphouët où on ne regardait pas dans la bouche de celui qui grille l’arachide, il n’est pas rentré dans la logique de la corruption, donc des grilleurs pour ne pas tuer ses convictions d’une côte d’ivoire souveraine, basées sur l’alternance politique pour un mieux être partagé des habitants de la côte d’ivoire, tout le monde le sait. Ce que je puis dire, c’est que cette intégrité est l’une des raisons qui lui a valu cette guerre de la France. En effet, avant la guerre au moment où je faisais office de dame de compagnie de la Première dame, je m’occupais aussi de la chambre privée du Président Laurent Gbagbo, je me rappelle bien que sur la table centrale de son salon de chambre, il y avait une entreprise qui lui proposait gratuitement des parts dans celle-ci, il suffisait de signer et de leur envoyer des fiches déjà remplies. Ces fiches sont restées sur la table centrale pendant trois mois au moins jusqu’à ce que je me décide à les classer définitivement. Et puis comme il a toujours dit, il n’a pas de compte à l’étranger. il l’a encore répété lors d’un entretien pendant la campagne. En tout cas, je ne veux pas que mes émotions ne prennent le dessus. Pour moi, leur emprisonnement est de l’injustice, de l’ingratitude, de la méchanceté, de la haine, de la lâcheté, de la cupidité, du vice. J’ai fait une contribution à ce sujet, sur abidjan-directe, il y a quelques jours. En côte d’ivoire où nous savons qui est qui, je ne pense pas que ces prisonniers des nouveaux hommes forts du moment, méritent plus la prison que ceux qui les y ont mis. Si je m’en tiens aux commentaires du monsieur chargé du ministère de la Justice, je dirais que c’est vraiment la honte. Casser la Bceao, même si c’est lui, pour payer les ivoiriens, laissez circuler des rumeurs sur la création d’une monnaie, ce qui est à l’ordre du jour depuis 2002 dans les maquis, a plus tué l’économie. et des gens qui ont fait fermer des banques ? Mais ils ne perdent rien pour attendre, même si la raison du plus fort est toujours la meilleure, le dieu qui a créé le plus fort est un dieu de Justice.

Serez-vous présente à l’une des élections qui se préparent en Côte d’Ivoire, puisqu’on vous annonce à Bonoua?

Même si je ne suis pas annoncée, j’y serai. C’est un devoir et une question de discipline du parti. Il faudra travailler à la victoire du porte-flambeau de notre parti, en ce qui me concerne, c’est ce que j’ai toujours fait.

Comment entendez-vous contribuer à la mobilisation du Fpi dans la Diaspora, notamment à Londres ?

Je suis à la disposition de ceux qui mènent le combat ici. J’ai eu la chance d’être invitée par deux fois à Londres à une conférence et à une marche, j’y suis allée.

Quand rentrerez-vous en Côte d’Ivoire ?

Très bientôt

Entretien réalisé par Germain Séhoué pour Le Temps

Campagne de dénigrement et d’intoxication de “Jeune Afrique” contre Gbagbo

| Notre Voie – Dans sa récente parution, « Jeune Afrique » a consacré six pages au couple Laurent et Simone Gbagbo détenus dans le nord du pays depuis avril dernier.

Tout le récit de « Jeune Afrique » constitue, en réalité, une campagne de dénigrement et d’intoxication dont l’objectif est d’éliminer politiquement le président Gbagbo pour le compte des nouveaux tenants du pouvoir ivoirien. A défaut de l’avoir fait physiquement pendant les bombardements de sa résidence par l’armée française. Cette campagne est la preuve que même en détention, Laurent Gbagbo fait peur à ses adversaires politiques.
Combien a coûté cette campagne de dénigrement et d’intoxication de « Jeune Afrique » à l’endroit du président Laurent Gbagbo, renversé par l’armée française le 11 avril 2011, et détenu dans le nord du pays ? En tout cas, l’affaire a dû rapporter gros à l’hebdomadaire. Car ses envoyés spéciaux n’y sont pas allés de mains mortes dans leur mission de salir l’image du président Gbagbo. Ils ont d’abord noirci l’image du président Gbagbo avant d’intimer pratiquement l’ordre au procureur Luis Moreno-Ocampo de le traduire devant la cour pénale internationale (CPI). Ils ont ensuite tenté de discréditer le célèbre homme politique et avocat togolais Joseph Koffigoh qui s’est constitué pour la défense du président Gbagbo.

Même en détention Gbagbo fait peur

L’objectif visé par les commanditaires de cette campagne de dénigrement et d’intoxication est d’éliminer politiquement le président Gbagbo, à défaut de l’avoir fait physiquement en avril dernier. Car même en détention, Laurent Gbagbo fait peur à ses adversaires politiques. Ceux-ci pensent à tort que c’est l’élimination du président Gbagbo de l’échiquier politique national qui leur assurera la pérennité au pouvoir. Mais hélas, cette campagne est vaine. Une fois de plus. Dans sa mission de salir l’image de Gbagbo, « Jeune Afrique » sert à ses lecteurs du déjà entendu. Et qui avait en son temps produit l’effet contraire escompté par les auteurs de ces inepties. Voilà ce qu’écrit « Jeune Afrique » au sujet de la santé de Gbagbo : « En bonne forme physique, mais sujet depuis longtemps à des crises d’épilepsie, il est suivi par le docteur Christophe Blé, son médecin personnel, chaque jour à ses côtés ».

Cette histoire imaginaire d’épilepsie avait été utilisée, sans succès, en 1992 alors qu’Alassane Dramane Ouattara était Premier ministre sous Houphouët, par les mêmes qui sont aujourd’hui assis au palais présidentiel. En effet, « Le Patriote », quotidien pro-Ouattara, avait écrit, dans les années 90, la même chose. Le directeur de publication de ce journal s’appelait Hamed Bakayoko, actuel ministre d’Etat, ministre de l’intérieur du régime Ouattara. Mais cette campagne d’intoxication s’était évanouie parce que les Ivoiriens savaient que c’était de l’affabulation. Alors, que « Jeune Afrique » fasse sien ce même dénigrement gratuit ne peut émouvoir personne. En tout état de cause, les ivoiriens ont vu, pendant la campagne électorale, le président Gbagbo tenir de grands meetings dans tout le pays sans éprouver le moindre malaise, là où des épileptiques auraient piqué plusieurs fois leur crise.

Le cynisme d’un confrère

Mais « Jeune Afrique » pousse son cynisme jusqu’à écrire : « Au début de sa captivité, Gbagbo se considérant toujours comme le chef de l’Etat, demandait à ses geôliers le programme de ses audiences quotidiennes… ». Histoire de faire croire que le président Laurent Gbagbo n’est plus en possession de toutes ses facultés. Plus loin, l’hebdomadaire écrit à propos de la rencontre du président ivoirien déchu avec ceux les Elders (les anciens), qu’il aurait dit à Koffi Annan ceci : « C’est toi qui nous a mis dans cette situation ». Lui reprochant d’avoir privilégié la tenue des élections sans désarmement. Comment quelqu’un qui n’est pas en possession de ses facultés mentales peut-il avoir un raisonnement aussi lucide ? Mieux comment un homme qui aurait perdu ses facultés mentales peut-il dire au procureur de la République qu’il ne relève pas d’une juridiction ordinaire et lui oppose son statut d’exception, en sa qualité d’ancien chef d’Etat, membre du Conseil Constitutionnel ? Visiblement, on se rend compte que « Jeune Afrique » se mélange les pédales.
Toujours dans sa volonté de dénigrer Laurent Gbagbo, Jeune Afrique écrit : « les membres du camp Ouattara ont pioché dans leur garde-robe pour lui fournir des vêtements ». Il ajoute même que « pour accueillir ses premiers visiteurs, Gbagbo revêtait d’une chemise en jean appartenant au commandant Issiaka Ouattara dit Watao ». On ne peut quand même pas dire que quelqu’un qui a été Président de la République serait sans vêtements. Et si tel était le cas parce que tout aurait été détruit par les bombardements de l’armée française sur la résidence officielle du chef de l’Etat, on ne peut pas non plus soutenir que les membres de sa famille tant biologique que politique n’ont pas les moyens de lui fournir des vêtements. En fait, le seul mérite de cette révélation, vraie ou fausse de « Jeune Afrique », c’est qu’elle montre à l’évidence que la Côte d’Ivoire vit, depuis le 11 avril dernier, sous une dictature. Sinon, comment comprendre qu’un homme qui n’est qu’en résidence surveillée, et qui n’est même pas inculpé, soit privé de visite au point que ses parents ne puissent pas lui fournir des vêtements. C’est seulement sous les régimes dictatoriaux qu’une chose pareille est possible.

Opération discrédit de Koffigoh

En outre « Jeune Afrique » tente de discréditer l’avocat togolais Joseph Kokou Koffigoh qui s’est constitué pour la défense du président Gbagbo. La publication le présente comme l’ami de longue date de Gbagbo. En insinuant qu’il se serait réinscrit au barreau de son pays uniquement pour défendre son ami. Cela voudrait dire, selon « Jeune Afrique », que si le dossier Gbagbo est évacué, Joseph Koffigoh devrait déposer, à nouveau, la toge. C’est vraiment malheureux de vouloir lier la vie professionnelle d’un homme comme Koffigoh à l’affaire Gbagbo parce qu’on n’éprouve de la haine pour ce dernier. Enfin, « Jeune Afrique » intime pratiquement l’ordre au procureur argentin Luis Moreno-Ocampo à traduire le président Laurent Gbagbo devant la cour pénale internationale (CPI). « Le procureur Luis Moreno-Ocampo fera tout pour envoyer Gbagbo devant la cour pénale internationale », écrit l’hebdomadaire. Dans la pensée de « Jeune Afrique » et de ses commanditaires, il faut anéantir politiquement Laurent Gbagbo de la scène ivoirienne à défaut de l’avoir éliminé physiquement en avril dernier. Et pour eux, cela passe par sa condamnation et son emprisonnement hors des frontières de la Côte d’Ivoire. Notamment dans les geôles de la cour pénale internationale (Cpi). Mais malheureusement pour eux, les choses ne passeront pas aussi facilement comme ils le veulent.

Boga Sivori

bogasivo@yahoo.fr

Marie Antoinette Singleton réagit à l’investiture d’Alassane Ouattara par le conseil constitutionnel

L’une des cinq filles de Laurent et Simone Gbagbo, Marie-Antoinette Singleton, installée depuis douze ans aux Etats-Unis, a écrit le 6 avril une lettre au président Nicolas Sarkozy, restée sans réponse. Elle s’y élevait contre les mauvais traitements infligés à ses parents lors de leur arrestation, le 11 avril, et contre leurs conditions actuelles de détention.

Pour SlateAfrique, Marie-Antoinette Singleton, belle-fille de Laurent Gbagbo, née avec sa sœur jumelle Marthe et sa sœur aînée Patricia d’un premier mariage de Simone Ehivet, réagit à l’investiture, le 5 mai, du président Alassane Ouattara par le Conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire —ce même Conseil constitutionnel qui avait investi son père, Laurent Gbagbo, après le second tour de la présidentielle du 28 novembre.

Elle a été assistée, dans cette interview, par l’avocat camerounais Michel Noulowe, membre du collectif constitué pour la défense de Laurent Gbagbo, aux côtés de Roland Dumas, Jacques Vergès, Gilbert Collard, Marcel Ceccaldi et Habiba Touré.

SlateAfrique – Quelles sont les conditions de détention de vos parents aujourd’hui?

Marie-Antoinette Singleton – Le Président se trouve en ce moment à Korogho et la Première dame à Odienné. Mon frère Michel est à Bouna [communes du Nord de la Côte d’Ivoire, ndlr]. A ce jour, je n’ai pas pu leur parler. Les informations qui me parviennent sont celles de la presse. Sur une photo prise lors de la visite rendue au Président par Desmond Tutu et Kofi Annan, j’ai vu qu’il portait les même vêtements, une chemise bleue et un pantalon noir, deux semaines après son transfert à Korogho. Je me demande d’où viennent ces vêtements. La tenue de ma mère a été déchirée à l’hôtel du Golf, et on lui a prêté un boubou [vêtement typique du Nord de la Côte d’Ivoire, ndlr] d’après ce que j’ai pu voir sur les photos. La famille n’a pas été contactée, nous n’avons pas pu donner de vêtement ni même de dessous. D’autre part, mes parents suivent un régime alimentaire particulier à cause de l’âge… Mon frère, lui, porte des loupes et je l’ai vu sur des photos sans ses lunettes. Sans elles, il est pratiquement aveugle. Comment est-il traité? Voilà deux jours que j’appelle au Golf pour parler à Jeannot Ahoussou [le ministre de la Justice du gouvernement d’Alassane Ouattara, ndlr], mais je n’ai pas réussi à le joindre. Je vais continuer. Je ne dis pas qu’il m’évite, peut-être était-il occupé. Je continue d’essayer.

Michel Noulowe – Le Président et toutes les autres personnes arrêtées sont soumis à un régime d’isolement. Ils ne reçoivent pas de visites, n’ont de contact avec personne, ni les proches, ni les avocats. C’est contraire à toutes les règles élémentaires et à la Charte des Nations unies sur les droits de l’homme.

SlateAfrique – Que demandez-vous pour vos parents?

M.-A. Singleton – Que les règles élementaires soient respectées. Nous ne demandons pas un traitement de faveur particulier. C’est difficilement concevable que des personnes puissent être arrêtées sans qu’elles en sachent les raisons. Une situation qui se passe au XXIe siècle et sous la supervision des Nations unies en Côte d’Ivoire.

SlateAfrique – Le médecin personnel de votre père est-il toujours à ses côtés?

M.-A. Singleton – Oui, il est toujours là, d’après ce que nous avons pu voir sur les photos. J’espère qu’on ne lui a pas refusé ses médicaments.

SlateAfrique – Pourquoi vos parents ont-ils été séparés?

M.-A. Singleton – Je n’en sais rien. Je suppose qu’ils essaient de les briser.

SlateAfrique – Avez-vous le droit de voyager et, si oui, souhaitez-vous vous rendre en Côte d’Ivoire?

M.-A. Singleton – J’ai le droit de voyager, mais j’aimerais pouvoir avoir un interlocuteur en Côte d’Ivoire. Il n’y a pas de police, les rebelles font la loi dans les rues. Ce serait utile que j’y aille, si les conditions de sécurité sont réunies.

SlateAfrique – Où se trouvent vos sœurs en ce moment?

M.-A. Singleton – Je préfère ne pas donner de détails. Elles ont été arrêtées avec mes parents, puis relâchées, de même que leurs enfants. J’aimerais dire au passage que les filles ont été tabassées pendant l’arrestation. Ils n’ont pas touché aux enfants.

SlateAfrique – Comment avez-vous réagi en voyant les photos de vos parents arrêtés dans l’hebdomadaire Paris-Match?

M.-A. Singleton – Cela m’a fait mal pour la Côte d’Ivoire, qu’on subisse un sort tellement injuste et que le monde ne soit pas offusqué. Ces choses ne seraient pas tolérées ailleurs. Pour les journalistes qui couvrent les évènements, c’est un autre dossier, sans plus. Mes parents ont traversé beaucoup de choses, ma mère a été tabassée quand Ouattara a fait arrêter mes parents en 1992. Ce n’est pas nouveau! Eux-mêmes étaient préparés psychologiquement pour ce combat qui n’est pas terminé. Nous avons été tellement traumatisés enfants que je ne suis pas émue. J’adhère à 100% au combat de mes parents et je suis prête à le continuer, pour la libération de la Côte d’Ivoire.

SlateAfrique – Votre père est accusé par Choi Young-jin, le représentant de l’ONU en Côte d’Ivoire, d’avoir laissé faire les violences politiques après les élections. Le bilan des exactions s’élève à plus de 1.000 morts. Que répondez-vous à ces accusations?

M.-A. Singleton – Un Président a le devoir de défendre son peuple, les institutions, la République. L’armée a fait son travail. Qu’on me dise ce qu’on reproche à mes parents! L’armée a défendu le pays car il était attaqué. A Abobo [quartier d’Abidjan, ndlr], le commandant IB a déclaré que c’était lui qui était derrière le commando invisible, alors qu’on a accusé l’armée de tuer les gens dans ce quartier. Je suis désolée, mais l’armée avait un devoir, et elle l’a fait.

SlateAfrique – On reproche aussi à votre père d’avoir laissé faire des milices à sa solde, les Jeunes patriotes et la Fédération des étudiants et scolaires de Côte d’Ivoire (Fesci)?

M.-A. Singleton – C’est facile de dire ce genre de choses. Choi peut raconter ce qu’il veut, encore faut-il qu’il le prouve. Les enfants de la Côte d’Ivoire se sont levés depuis 2000 pour défendre leur pays. On a vu des révolutions en Europe et aux Etats-Unis. Pourquoi ces combats seraient-ils nobles, et pas le nôtre? Que M. Choi vienne prouver que Laurent Gbagbo est un adepte de la violence! On a vu qui a produit la violence en Côte d’Ivoire… C’est Ouattara! Ils parlent de charniers, d’escadrons de la mort, ils créent ce genre de termes parce que ce sont leurs pratiques! Il y a des enlèvements à Abidjan aujourd’hui, des actes qui se passent en toute violation du mandat de l’ONU. Choi n’est pas impartial, il a un parti-pris. L’ONU a transporté des rebelles pour les amener dans les quartiers. Qu’il réponde à cela d’abord!

SlateAfrique – Pendant la crise post-électorale, avez-vous conseillé à vos parents d’adopter une stratégie différente?

M.-A. Singleton – Je porte le combat entièrement. Je suis d’accord avec ce qu’ils font. Il y a eu des élections. La Commission électorale indépendante (CEI) n’a pas été capable de donner les résultats provisoires. C’est une aberration de voir la seule voix du président de la CEI porter, alors qu’elle est constituée de 31 membres. Le délai de proclamation des résultats a été dépassé. C’est scandaleux! Les résultats ont été proclamés au QG de l’un des candidats, l’hôtel du Golf, ce même hôtel où les rebelles ont logé pendant des années aux frais de l’Etat. C’est ridicule! Le président de la CEI y a été amené par des diplomates étrangers, ce qui relève d’une ingérence dans les affaires intérieures de la Côte d’Ivoire… Quand le Conseil constitutionnel déclare le président Gbagbo vainqueur, on le refuse. Moi, je respecte les institutions de mon pays. Je l’aurais fait même s’il ne s’agissait pas de mes parents. Si les Ivoiriens ne respectent pas leurs institutions, qui va le faire? Ici aux Etats-Unis, qui a empêché George Bush d’être Président en exercice, alors que sa victoire était contestée face à Al Gore? Qui l’a contestée, alors qu’une partie du peuple s’estimait spoliée de la victoire de Gore?

SlateAfrique – A vos yeux, Alassane Ouattara représente-t-il l’illégalité?

M.-A. Singleton – A supposer qu’il soit prouvé qu’il est le vainqueur, il y a un processus à suivre, à respecter… Il faut avoir été investi. Comment tolérer que ce Monsieur puisse agir comme Président? Le monde veut nous enseigner la démocratie, mais le monde ne peut pas en appliquer les règles en Afrique… C’est scandaleux! Chaque jour, on piétine la Constitution en Côte d’Ivoire. On va de violation en violation. On nous dit que le Conseil constitutionnel applique une décision contraignante de l’Union africaine (UA), pour laquelle il doit se dédire, cinq mois plus tard, en investissant quelqu’un d’autre…

Me M. Noulowe – Le Conseil constitutionnel a pris une décision pour proclamer la victoire d’Alassane Ouattara. C’est une démarche singulière, dans la mesure où c’est un conflit armé qui a abouti à cette décision. C’est le même Conseil constitutionnel, présenté comme un groupe d’affidés de Laurent Gbagbo, le même Conseil constitutionnel qui était vilipendé ces derniers mois qui est porté aux nues aujourd’hui. Le fait que le Conseil constitutionnel n’ait pas été dissous et qu’il se soit contredit lui-même, à quelques mois d’intervalle, pose un certain nombre de questions qui restent sans réponses. C’est également un aveu: en tout état de cause, c’est bien le Conseil consitutionnel qui était seul habilité à proclamer le résultat des élections. Tantôt la CEI, tantôt le représentant des Nations unies pouvaient s’arroger cette prérogative. On revient à la case départ, au terme de cinq mois de conflit. Quel besoin Alassane Ouattara a-t-il du Conseil consitutionnel? On est allé plus vite que la musique. On a mis la charrue avant les bœufs. Et comme on dit chez vous, la réalité dépasse la fiction.

SlateAfrique – Etes-vous soutenue par votre communauté aux Etats-Unis?

M.-A. Singleton – Absolument! Des Ivoiriens, des Africains et des Américains n’arrêtent pas de nous appeler et demandent à contribuer au combat. Nous coordonnons les efforts, nous reçevons des emails, des coups de fil. Tout le monde estime qu’il ne s’agit plus de la Côte d’Ivoire mais d’un antécédent majeur pour l’Afrique.

SlateAfrique – Redoutez-vous une procédure contre vos parents devant la Cour pénale internationale (CPI)?

M.-A. Singleton – Non, je ne la redoute pas. Je ne sais pas ce que la CPI pourrait leur reprocher. J’attends de voir. Je ne suis pas inquiète.

SlateAfrique – Croyez-vous à la politique de réconciliation annoncée par Alassane Ouattara?

M.-A. Singleton – Leurs paroles sont contradictoires. Ils parlent de réconciliation alors qu’on se bat encore à Yopougon! Les gens ne sont pas libres de se déplacer, les rebelles occupent les maisons, les gens ont tout perdu. Il ne s’agit pas de mon opinion, mais des faits.

Slate Afrique – Etes-vous en contact avec Charles Blé Goudé?

M.-A. Singleton – Non, je ne cherche pas à rentrer en contact avec ces personnes, elles ont des raisons évidentes de se cacher pour protéger leur vie et ne pas jouer les martyrs. Je les félicite pour le travail qu’ils ont fait. Il faut continuer là où nous sommes. Je m’organise depuis les Etats-Unis. On n’a pas besoin de Blé Goudé, il en a fait suffisamment, mais s’il revient, gloire à Dieu.

SlateAfrique – Est-il vrai que nombre de fidèles de vos parents se trouvent au Ghana, où ils s’organiseraient pour poursuivre leur combat?

M.-A. Singleton – Je l’ai entendu dire mais je n’ai pas de contacts particuliers avec eux.

SlateAfrique – Quelle est votre situation personnelle en ce moment? Travaillez-vous?

M.-A. Singleton – J’ai étudié l’administration publique aux Etats-Unis, je suis mariée à un Américain et mère de quatre enfants. Jusqu’en février, je travaillais comme conseiller à l’ambassade de Côte d’Ivoire. J’ai cessé d’y aller, physiquement, pour protester contre le traitement subi par l’ancien ambassadeur [Charles Yao Koffi, nommé par Laurent Gbagbo, a été de facto remplacé par Daouda Diabaté, nommé par Alassane Ouattara et reconnu par Washington le 11 février, ndlr]. C’est une forfaiture que je ne partage pas. Mais je me considère toujours comme employée de l’ambassade.

Recueilli par Sabine Cessou

( SlateAfrique.com )

Confidences sur l’entretien entre Gbagbo, Tutu, Annan et Robinson

La rencontre n’était pas prévue dans le programme officiel de la délégation des « Elders », ces « aînés », anciennes figures de la scène publique retirées des affaires, et qui offrent leurs bons offices sur un certain nombre de terrains conflictuels. Les « Elders » (Desmond Tutu, Kofi Annan, Mary Robinson), venus à Abidjan à la demande d’Alassane Ouattara, ont tout de même souhaité rencontrer Laurent Gbagbo, notamment pour s’assurer qu’il était bien traité, après les images traumatisantes servies ad nauseum par les médias internationaux le 11 avril. Ils ont, selon des sources diplomatiques, exprimé le souhait de rencontrer Simone Gbagbo aussi, mais ont au final considéré qu’il était pratiquement difficile de faire à la fois le voyage de Korhogo et de se rendre à Odienné. En toute logique, les Elders se sont rendus à l’hôtel Pergola, où sont détenus plusieurs dizaines de cadres de la majorité présidentielle (LMP). Ils ont exprimé le vœu de voir ces cadres retrouver le droit aux communications téléphoniques et aux visites familiales…

A Korhogo, les Elders ont trouvé un Laurent Gbagbo en pleine forme, ce qui dément la rumeur persistante, lancée comme un ballon d’essai par la presse ouattariste, qui évoquait une tentative de suicide. Il a dit être bien traité – son médecin personnel, le docteur Blé, est avec lui – mais a demandé, comme son épouse Simone, si l’on en croit les confidences de Ouattara à La Croix, une Bible. Signe qu’il ne se considère pas comme à la retraite, il a demandé un livre contenant les discours les plus célèbres des plus grands hommes politiques. Séance tenante, le ministre de la Justice de Ouattara, Jeannot Ahoussou Kouadio, lui a remis la biographie de Félix Houphouët-Boigny écrite par Frédéric Grah Mel. Et a promis de lui faire parvenir une Bible version Louis Segond. Les Elders ont été surpris du tonus de Laurent Gbagbo. Kofi Annan est allé jusqu’à lui dire qu’ils s’attendaient à voir un homme non pas rayonnant, mais au visage défait et triste…

La question de la procédure judiciaire lancée contre le président Laurent Gbagbo a été évoquée à la fin de l’entretien par Jeannot Ahoussou Kouadio. Gbagbo a insisté sur sa requête, déjà exprimée, mais visiblement ignorée, de rencontrer ses avocats avant sa première audition. Ahoussou Kouadio a, devant les Elders, promis que la question serait réglée. D’où le report de l’audition en question, qui devait se dérouler ce mardi, mais aura lieu sans doute en fin de semaine… Gbagbo attend également de parler à ses avocats avant de donner une suite à la demande des « Elders » de le voir s’adresser à la Nation, notamment pour encourager ses partisans à aller dans le sens de la réconciliation.

Plus globalement, les Elders sont plus ou moins inquiets quant à la rapidité des procédures judiciaires et « réconciliatrices » mises en place par le gouvernement Ouattara. Ils s’interrogent sur les attributions et le champ de compétence de la Commission Vérité et Réconciliation et aimeraient que toutes les couches sociales soient représentées dans son bureau, y compris les femmes. Ils ont peur que les procès qui s’engagent s’inscrivent dans la logique de la « justice des vainqueurs » et perturbent le processus de réconciliation.

Bon à savoir : le 6 avril 2011, les « Elders » avaient accablé Laurent Gbagbo, estimant qu’il était le « premier responsable » de la violence en Côte d’Ivoire « qu’il a déclenchée (…) en refusant de quitter le pouvoir ».

Une correspondance de Philippe Brou

Le Blog de Theophile Kouamouo

OUATTARA envoie une Bible à « sa sœur » SIMONE GBAGBO

Dans une interview, Alassane Ouattara président de la communauté internationale en Côte d’Ivoire dresse pour La Croix un premier tableau de son action et de ses urgences, deux semaines après le kidnapping du Président ivoirien Laurent Gbagbo.

VOUS VOUS ÊTES DIRECTEMENT ADRESSÉ AUX CHRÉTIENS POUR PÂQUES. QUEL EST LE SENS DE CETTE DÉMARCHE ?

Alassane Ouattara : Notre pays a été malheureusement divisé depuis de nombreuses années. Pâques célèbre la victoire de l’amour sur la haine. Je me suis dit que c’était une opportunité de m’adresser à mes frères et sœurs chrétiens pour leur dire qu’il faudra travailler à ce que le bien soit au-dessus du mal.

POURTANT VOUS INQUIÉTEZ UNE PARTIE DES CATHOLIQUES…

A. O. : Certains vous diront que quelques membres de la hiérarchie n’ont pas été tout à fait corrects… J’ai aussi reçu des gestes très fraternels de la part d’évêques comme l’archevêque d’Abidjan, Mgr Kutwa, et bien d’autres. Le nonce apostolique a aussi été très bienveillant à mon égard. Seule une minorité s’est laissé prendre par la haine ethnique et religieuse. La majorité des familles ivoiriennes est, comme la mienne, multireligieuse. J’ai des frères et sœurs musulmans, mon épouse est catholique, certains de mes enfants sont protestants, d’autres catholiques. Je compte sur l’aide de l’Église pour nous aider à nous réconcilier et reconstruire le pays.

COMMENT ALLEZ-VOUS METTRE EN ŒUVRE LA RÉCONCILIATION ?

Je vais créer d’ici deux semaines une commission Vérité et Réconciliation à l’image de ce qui a été fait en Afrique du Sud. La semaine prochaine, je reçois l’ancien directeur général de l’ONU, Kofi Annan, et Desmond Tutu pour en discuter ensemble. J’ai déjà choisi son président, il a accepté. Mais il est trop tôt pour dire son nom. Ce sera un laïc accompagné par deux religieux : un chrétien et un musulman.

LES IVOIRIENS ONT-ILS LE DÉSIR DE VIVRE ENSEMBLE ?

A. O. : Ils aspirent à la paix. C’est une minorité qui a utilisé la pauvreté des populations pour donner le sentiment que le problème était profond. La télévision y a beaucoup contribué. Cependant, nous n’avons pas vécu à proprement parler une guerre civile, même si selon mes informations, la crise a fait près de 3 000 morts. Depuis le 2 avril, nous avons ramassé 900 cadavres dans les rues. Une guerre civile aurait coûté des centaines de milliers de vies.

QUAND POURRA ÊTRE GARANTIE LA SÉCURITÉ DE TOUS LES HABITANTS ?

A. O. : Je me donne jusqu’à la fin du mois de juin. Cela va déjà beaucoup mieux qu’il y a deux semaines. Il y a encore trop de racket sur les routes. Il faut aussi sécuriser les frontières, mettre un terme aux trafics et entrées clandestines. J’ai envoyé mardi une mission pour faire le point dans l’ouest où les gens vivent encore dans la peur. Après avoir été à Monrovia pour établir la situation des réfugiés ivoiriens au Liberia, elle doit se rendre à Duékoué pour rencontrer la population. Il y a eu des crimes épouvantables dans cette région.

QUELLES SONT LES TROIS PLUS IMPORTANTES MESURES QUE VOUS ALLEZ PRENDRE ?

A. O. : Outre la commission Vérité et Réconciliation, axe fort de ma présidence, la deuxième sera la nomination d’un gouvernement d’union nationale, avant fin mai. Y figureront des ministres issus du FPI (le parti de l’ancien Président), à la condition qu’ils me reconnaissent comme président… ce qui n’est pas encore le cas. En troisième lieu, la mise au travail de l’administration. Il faut qu’en trois mois, la vie à Abidjan soit à nouveau normale et qu’à l’intérieur du pays, l’essentiel soit disponible : nourriture, médicaments, eau, électricité. J’ai mis en place un programme d’aide d’urgence d’environ 100 millions de dollars. Ensuite, je mettrai en œuvre le programme sur lequel j’ai été élu. Il est très ambitieux. Reconstruire, ce n’est pas le plus dur. Je l’ai fait pour tellement de pays en Afrique, en Asie et bien ailleurs ! J’ai les financements et j’ai la bonne équipe. Mais obtenir la paix et la réconciliation après ce que nous avons vécu depuis des années, c’est bien plus compliqué.

QUAND AURA LIEU VOTRE CÉRÉMONIE D’INVESTITURE ?

A. O. : Normalement le 21 mai. Plusieurs chefs d’État sont invités, dont le pape Benoît XVI.

QU’ALLEZ-VOUS FAIRE DE LAURENT GBAGBO ?

A. O. : Si je l’ai envoyé dans le nord ainsi que son épouse, c’est pour des raisons de sécurité. À l’hôtel du Golf, nous n’étions pas à l’abri d’un assassinat. Jusqu’à leur jugement, ils sont en résidence surveillée dans des villages liés à ma famille. Quand j’ai annoncé aux maires qu’ils allaient accueillir Simone Gbagbo, j’ai dit que c’était une sœur. Samedi, j’ai envoyé Mgr Antoine Koné évêque d’Odienné, la rencontrer. Elle lui a demandé une Bible et une paire de lunettes. La Bible lui a été aussitôt envoyée, et elle va recevoir les lunettes cette semaine. Je lui ai envoyé une télévision. Je tiens à ce qu’ils ne soient pas logés dans de mauvaises conditions.

AVEZ-VOUS DES NOUVELLES DES DEUX FRANÇAIS ENLEVÉS AU NOVOTEL ?

A. O. : Non. Je suis très inquiet. J’ai demandé à ce que les responsables militaires arrêtés soient interrogés. Cela n’a encore rien donné.

QUE SAVEZ-VOUS DE LA MORT DE PHILIPPE RÉMOND, À YAMOUSSOUKRO, LE 30 AVRIL ?

A. O. : Je ne sais pas encore s’il s’agit d’un crime crapuleux ou politique. J’attends les résultats de l’enquête.

ET LA VÉRITÉ SUR LA DISPARITION DU JOURNALISTE GUY-ANDRÉ KIEFFER ?

A. O. : C’est un dossier lourd. La justice a été utilisée pour empêcher l’enquête. Je tiens à ce que l’on sache ce qui s’est passé, qui l’a tué.

Recueilli par LAURENT LARCHER, À Abidjan

Que pense donc Madame Dominique Ouattara des mauvais Traitements infligés par les hommes de son époux à Simone Gbagbo ?

Pour soumettre un homme, le bafouer, il conviendrait d’asservir sa femme. Terrible constat, chaque jour vérifié sous tous les cieux. Ainsi, lors des guerres, les vainqueurs n’hésitent pas à frapper les femmes du camp adverse, à les violer, à les maltraiter. Comme si sans cet acte odieux, leur victoire n’aurait aucun sens, ne serait nullement inscrite dans l’histoire.

Pendant des jours, l’image de Simone Gbagbo, traînaillée par les hommes de Ouattara m’a laissée sans voix, que dis-je, traumatisée. Et j’ai vu des femmes, Banches ou Noire, Chrétiennes ou Musulmanes, respirer leur tristesse par bouffée, les yeux hagards, blessées dans leur chair, comme si Simone Gbagbo était une partie d’elle, à moins qu’elle ne fut leur totalité.

L’homme ne saurait-il gagner une guerre sans bafouer l’épouse du vaincu ? C’est à croire. Ainsi, Alassane Ouattara le grand protégé des Occidentaux, celui qui était censé être le modèle du démocrate africain, a-t-il laissé ses hommes s’adonner à cette infamie ! Je n’en reviens pas. Oh, que non ? Mais les preuves sont là de ces multiples barbaries, ces tueries pour rien, juste pour le plaisir d’assassiner ! Pourquoi donc ? je n’y comprends rien, c’est vrai, je ne suis pas une femme politique. Quels intérêts pour les rebelles de brûler des villages, d’assassiner tous les garçons à partir de quinze ans ?

S’agirait-il de faire disparaître des peuples entiers ? Le génocide serait-il la meilleure manière d’apporter la démocratie en Afrique ? Je m’interroge. Quel Intérêt ? Des images encore, insoutenables… Des gens soupçonnés d’appartenir à une ethnie massacrés. Pourquoi ? Je n’y comprends rien. Serait-ce pour créer la psychose ? Donner à voir qu’on est si violent, si violent, qu’il conviendrait de se soumettre ? Que dit donc Madame Dominique Ouattara, la Française, celle qui comme moi est des pays des Lumière de ces atrocités ?

Que dit-elle ? Je voudrais savoir. Que dit-elle de la maltraitance des femmes par le régime de son mari, au delà des contraires des idéaux politiques? Ne sait elle pas que la femme est la Lumière qui enfante le jour ? Ne sait-elle pas que la femme est la mère de l’humanité et qu’à ce titre on ne saurait la derespecter ? Ne sait-elle pas ?… Je voudrais savoir si elle serait capable de croiser le regard de ces millions de femmes à travers le monde qui condamnent cette odieuse barbarie. Oui barbarie… Car ce sont eux qui nous donnent à voir ces horreurs, puisqu’ils les diffusent sur leur chaîne de télévision.

Calixthe Beyala

Mise en résidence surveillée : Simone Gbagbo transférée à Odienné

Elle a quitté le Golf hôtel. Mais pas pour rejoindre son époux en résidence surveillée à Korhogo. Simone Gbagbo, ex-première dame de Côte d’Ivoire, a été transférée à Odienné, dans le Nord du pays. Arrêtée en même temps que son époux, après dix jours de violents combats qui ont opposé les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) aux miliciens et mercenaires libériens, Simone Gbagbo avait été gardée au Golf hôtel jusqu’à présent.

Laurent Gbagbo, lui, avait été « expédié » quelques jours après dans la cité du Poro. Simone Gbagbo, l’une des intransigeantes de l’ex-parti au pouvoir est accusée d’avoir convaincu l’ex-opposant historique d’engager un bras de fer avec la communauté internationale qui lui a enjoint de céder le pouvoir au président élu, Alassane Ouattara. Une bravade qui a pris fin avec l’arrestation, le 11 avril, du couple Gbagbo en compagnie de plusieurs de leurs collaborateurs. Dans la même veine, plusieurs pontes de l’ancien pouvoir seront quant à eux transportés à Katiola pendant que les militaires arrêtés seront à Bouaké, la capitale du centre et ex-fief des ex-rebelles.

M’Bah Aboubakar

Source L’Expression via Abidjan.net