Le Blog de Aymard

La liberté d'expression dans sa quintessence

Archives Journalières: août 11, 2011

BENIN : Dans la gueule des pirates

Il ne manquait plus que ça ! Les pirates ont pris d’assaut les eaux béninoises et y opèrent depuis le début de l’année en toute tranquillité. L’information a fait le tour du monde, d’autant plus qu’elle est tombée à un bien mauvais moment. Le 14 juillet en effet, le Bureau international maritime publiait son rapport annuel, montrant que les actes de piraterie se sont déplacés des côtes nigérianes pour les côtes béninoises. Alors que durant toute l’année 2010, rien de tel n’a été signalé, la piraterie est devenue un grave problème pour le Bénin depuis janvier 2011.

 Selon un rapport confidentiel de l’ambassade de France remis aux autorités béninoises, la première attaque du genre a eu lieu contre le navire Chassiron le 11 janvier 2011. Entre janvier et juillet, pas moins de 26 actes de piraterie ont eu lieu, des actes soldés parfois par des morts, des détournements de navires et des transbordements de pétrole. Un rapport de Bergen Risk Solutions note que les cargaisons volées sont revendues « dans différents ports d’Afrique occidentale, peut-être à Abidjan, en Côte d’Ivoire, ou à Port Gentil, au Gabon ».

Voilà la différence entre les pirates somaliens et ceux des côtes béninoises, puisque les premiers utilisent plutôt la demande de rançon comme stratégie de chantage. Le 15 mai par exemple, le tanker MT Eagle Miri a été détourné de sa trajectoire et vidé de sa cargaison de pétrole aux larges de Cotonou.

Début 2011, les autorités fédérales du Nigeria comme celles des compagnies pétrolières opérant dans le pays avaient décidé de mener une lutte implacable contre les pirates qui sont pour la plupart des rebelles du Delta du Niger. Armés jusqu’aux dents, ils ont l’habitude de vendre leurs butins sur le marché noir des hydrocarbures. Avec les patrouilles permanentes des gardes-côtes nigérianes, le Bénin apparaissait comme un exutoire naturel, vite submergé par les hors-la-loi. Les autorités béninoises qui ont l’habitude de ne jamais communiquer dans les médias nationaux sur les problèmes, font la moue.

Pendant qu’elles refusent de parler aux journalistes nationaux qui ont réussi par miracle à mettre la main sur le rapport de l’ambassade de France, les voilà qui confient leur détresse à la presse étrangère. C’est le ministre Kogui N’Douro en personne, qui a déclaré à l’Agence France Presse : « [les] moyens sont très faibles pour lutter contre cette criminalité. Nous demandons à la communauté internationale d’intervenir aussi massivement qu’aux larges de la Somalie. »

En visite aux Nations unies fin juillet, le Chef de l’Etat a demandé un renforcement de l’assistance militaire internationale et une plus forte implication des partenaires techniques et financiers. D’autant plus que depuis 1990, la marine française assure une présence militaire permanente dans la région à travers une opération baptisée Corymbe. Mais il a fallu cette déferlante et surtout le déchaînement de la presse privée nationale pour que les autorités se réveillent.

Issifou Kogui N’Douro assure que trois navires patrouilleurs, armés d’un canon de 25 mm avec une puissance de tir de 2 à 3 km, et pouvant atteindre une vitesse de 30 nœuds, ont été commandés à un chantier naval de Saint-Nazaire (France) et que le premier bâtiment est attendu en septembre. Réponse (tardive) à un mal qui frappe depuis longtemps. Selon des indiscrétions, les braquages spectaculaires qui ont eu lieu au marché Dantokpa il y a quelques années provenaient bien de ces pirates qui ont réussi par deux fois, à approcher nos côtes de suffisamment près pour opérer. Et notre marine n’y a vu que du feu.

Incapables d’agir, les forces navales ont été mises à rude épreuve par ces bandits de grand chemin. On a beau se plaindre du manque de moyen du Bénin ou de la perfidie des hors-la-loi, nous sommes bien en face d’une incompétence. Le rattrapage orchestré plus tard par la mise en scène d’un arraisonnement des pirates devant les caméras et les projecteurs de la presse nationale, n’auront réussi à convaincre que ceux qui veulent bien tomber dans ce genre de piège.

Le danger immédiat que court notre pays face à ce banditisme maritime, est celui de son image internationale qui se dégrade. Les compagnies d’assurance, prenant le Bénin comme un risque de guerre, ont déjà multiplié leurs frais. Nul ne doute donc que cela n’ait d’influence sur les prix des produits importés. La réactivité de nos forces navales devrait donc servir à nous guérir du péril maritime qui, comme aux Seychelles ou à Djibouti, risque à terme de constituer une menace pour l’économie béninoise tout court.

Olivier ALLOCHEME

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Libye: L’OTAN tourne le dos à sa mission

A 150 jours de bombardements, l’OTAN a rasé de nombreuses infrastructures, mais n’a toujours pas obtenu le moindre résultat militaire probant. Cet échec est imputable à l’absence de réflexion stratégique préalable. L’OTAN a cru pouvoir appliquer en Libye les méthodes standard qu’elle avait conçues pour d’autres environnements. Elle se trouve désemparée face à un cas particulier. La plus grande alliance militaire de l’Histoire, qui avait été formée pour affronter l’URSS puis avait rêvé de devenir le gendarme du monde, n’a pas réussi sa reconversion.

Une victoire ou une défaite militaire se juge par rapport aux buts de guerre que l’on s’était fixés. Dans le cas de l’intervention de l’OTAN en Libye, il y avait un mandat des Nations Unies, la protection des civils, et un but tout aussi officiel bien que hors mandat, changer le régime politique du pays.

A presque 150 jours de guerre, l’OTAN n’est pas parvenue à ébranler les institutions libyennes. Compte tenu de la disproportion des forces, il faut admettre l’échec militaire et se poser des questions sur la stratégie choisie.

L’Alliance partait d’une analyse erronée selon laquelle les tribus de l’Est et du Sud, hostiles à Mouammar Khadafi, prendraient facilement Tripoli dés lors qu’elles disposeraient d’un appui aérien. Or, ces tribus ont au contraire considéré les bombardements comme une agression étrangère et se sont ralliées au « Frère Guide » pour repousser « l’invasion croisée ».

Dès lors, l’Alliance n’a pu compter que sur deux composantes au sol : d’une part les 3 000 soldats aguerris que le général Abdel Fatah Younes avait emmené avec lui lorsqu’il avait fait défection, et d’autre part les centaines, peut-être milliers, de combattants arabes issus des réseaux du prince saoudien Bandar Bin Sultan et connus sous le nom de « nébuleuse Al Qaida ».

Après l’assassinat dans des conditions particulièrement atroces du général Younes par des jihadistes d’Al Qaida, les forces rebelles se sont effondrées : les soldats de Younes se ralliant au colonel Kadhafi pour combattre Al Qaida et venger leur chef. Le commandement opérationnel a échu dans les mains de Khalifa Haftar, c’est-à-dire sous les ordres des forces spéciales de la CIA. L’Agence n’a pas hésité à recruter d’urgence n’importe quel combattant, y compris des enfants-soldats.

Cette armée improvisée, aux effectifs fluctuants, annonce un jour sur deux une victoire, mais ne fait qu’essuyer des défaites. Chaque bataille reproduit le même scénario : les bombardements de l’OTAN contraignent la population à fuir leurs maisons. La localité est immédiatement investie par les forces rebelles qui annoncent avoir gagné du terrain. C’est seulement alors que la bataille commence. L’armée libyenne entre dans la ville et massacre les rebelles. Puis, la population, sauve, retourne dans la localité partiellement détruite.

L’Alliance atlantique pourrait interpréter la résolution 1973 d’une manière extensive et considérer que bien que ce texte interdise explicitement le déploiement de troupes étrangères au sol, un tel déploiement est légitime s’il a pour but de « protéger les civils ». L’OTAN devrait alors affronter une population armée jusqu’aux dents et prête à en découdre. La Jamahiriya a en effet distribué une kalachnikov à chaque adulte et mis en place un système populaire de distribution de munitions. Même si la population libyenne n’est pas entraînée en comparaison des soldats de l’Alliance, elle dispose d’une nette supériorité sur eux, en ce qu’elle est prête à accepter de lourdes pertes quand les soldats de l’OTAN ne sont pas prêts à mourir pour Tripoli.

Depuis le début du conflit, les stratèges de Washington ont considéré que tout cela n’était pas très important puisqu’ils détiennent le pouvoir suprême : la domination aérienne.

Cette doctrine, indiscutée aux États-Unis, s’étend progressivement dans les académies militaires des États membres de l’Alliance, alors qu’elle y était jusqu’ici très critiquée. Elle trouve son origine dans les leçons tirée par le général Giulio Douhet de la guerre italo-ottomane, c’est-à-dire la guerre de Libye de 1911. À l’époque, les Italiens expérimentèrent le premier bombardement aérien de l’Histoire à Tripoli. Effrayé par cette arme nouvelle, l’Empire ottoman céda sans combattre. Les troupes italiennes prirent possession de Tripoli sans avoir à tirer un seul coup de fusil. Douhet en conclua qu’il était possible de gagner une guerre avec la seule aviation. Cette analyse est fausse, parce qu’elle confond le fait d’arracher la propriété de la Libye aux Ottomans avec le fait de contrôler la Libye. Les vrais combats n’eurent lieu que plus tard avec l’insurrection populaire libyenne.

Certains penseront qu’il existe une malédiction libyenne. En tous cas, c’est sur cette terre qu’exactement un siècle plus tard l’erreur conceptuelle se reproduit. La dominance aérienne a permis d’arracher la légalité libyenne à la Jamahiriya et de la confier au Conseil national de transition, mais cela n’a aucune importance sur le terrain. Pour contrôler le pays, l’OTAN devrait envoyer des troupes au sol et, à l’instar des Italiens dans les années 1912-14, exterminer plus de la moitié de la population de Tripoli, ce qui n’est pas exactement l’esprit de la Résolution 1973.

L’Alliance atlantique avait jusqu’à présent conçu ses bombardements en fonction de la doctrine de Douhet et des perfectionnements qui y ont été apportés, notamment la théorie des cinq cercles de John A. Warden III, qui fut expérimentée en Irak. L’idée est que les cibles ne doivent pas être choisies pour détruire les forces armées ennemies, mais pour paralyser les centres de commandement, notamment en coupant les moyens de transmission et de circulation.

L’OTAN découvre alors que la Jamahiriya n’est pas un slogan, mais une réalité. Le pays est gouverné par des Congrès populaires et Mouammar Kadhafi a réduit la plupart des administrations à leur plus simple expression. Ici pas de grands ministères régaliens, juste de petits bureaux. Les ministres ne sont pas des personnalités de premier plan, mais plutôt des chefs d’équipe. Ce sont les conseillers dont ils s’entourent pour leurs compétences qui sont puissants. Le pouvoir est dilué, insaisissable. Ce qui était un casse-tête pour les hommes d’affaire qui venaient en Libye : trouver les bons interlocuteurs, devient une énigme pour les stratèges de l’OTAN : qui faut-il cibler ? Cinq mois de bombardement n’ont pas permis de trouver la réponse.

La seule tête qui dépasse est celle de Mouammar Kadhafi. L’Alliance atlantique fait une fixation sur lui. N’est-il pas le père de la Nation ? En l’éliminant, on détruirait le principe d’autorité dans la société libyenne. Celle-ci serait instantanément « irakisée » et plongerait dans le chaos. Mais, contrairement au précédent irakien, la structuration tribale et l’organisation horizontale du pouvoir perdureraient. Même déchirée par des conflits internes, la population libyenne resterait une entité organique face à l’invasion étrangère. Non seulement aucun problème militaire ne serait résolu, mais plus rien ne délimiterait le théâtre des opérations ; la guerre ne manquerait pas de déborder aussi bien en Afrique du Nord qu’en Europe du Sud. Finalement, tuer Kadhafi serait peut-être la pire des choses.

En l’absence de toute stratégie adaptée à la situation, l’Alliance atlantique se replie sur les vieux réflexes de la culture militaire US, ceux des guerre de Corée et du Vietnam : rendre la vie de la population impossible pour que celle-ci se désolidarise de son « Guide » et le renverse. Depuis le début du Ramadan, l’OTAN a donc renforcé le blocus naval pour couper l’approvisionnement en essence et en denrées alimentaires ; elle bombarde les centrales électriques et les stations de maintenance d’approvisionnement d’eau ; elle détruit les coopératives agricoles, les petits ports de pêche et les halles.

Bref, l’Alliance atlantique fait exactement le contraire du mandat que lui ont donné le Conseil de sécurité et les différents parlements des États membres : au lieu de protéger la population civile contre un tyran, elle terrorise les civils pour qu’ils se rebellent contre le leader qu’ils soutiennent.

Cette stratégie devrait durer jusqu’à la fin du ramadan Il restera alors trois semaines à l’Alliance pour tenter d’emporter une victoire significative avant ne sonne le gong : le 19 septembre, l’Assemblée générale des Nations Unies se réunira à New York. Elle pourrait demander des explications sur l’opération en cours, prendre acte de l’incapacité du Conseil de sécurité à rétablir la paix, et imposer ses propres recommandations.

En vue de la reprise des combats au sol, début septembre, l’OTAN arme les rebelles de Misrata et nettoie la route qu’ils devront utiliser pour prendre Zlitan. La France ayant refusé de livrer une fois de plus des armes, c’est le Qatar qui a envoyé un avion pour opérer les livraisons, malgré l’embargo onusien. Dans la nuit du 8 au 9 août, l’Alliance a nettoyé la colline de Majer qui pourrait servir d’avant-poste pour défendre Zlitan. Elle a bombardé des fermes et des tentes qui abritaient une vingtaine de famille de déplacés, tuant 85 personnes dont 33 enfants.

Thierry Meyssan – voltairenet

Laissés pour compte

Sous les débris ou au fond des mers : soit les bombes de l’Otan, soit  le chemin périlleux de Lampedusa. Dans les deux cas, la mort  peut-être au bout. Et elle a été souvent au rendez-vous pour les émigrés africains en Libye, qui, avec plus de 2000 morts, constituent les plus grandes victimes collatérales de la résolution 1973 dont le caractère humanitaire fut tant vanté par le petit carré omnipotent et l’Onu, son sous traitant principal.

La tragédie des ressortissants subsahariens mangés par la mer n’émeut pas grand monde. Les Libyens de Benghazi  voient en eux des mercenaires pro-Kadhafi. Le chancelant pouvoir de Tripoli n’a pas le temps de veiller sur eux et pendant longtemps ils  furent rançonnés et maltraités par leurs voisins.

L’Otan a d’autres chats à fouetter qui n’a pas même daigné répondre au cri de détresse que lui lança au moins une fois un bateau en perdition. Nationaux d’états fragiles, frileux ou sans grande capacité, personne ne sait combien ils sont de Maliens, Nigériens, Sénégalais, Guinéens, à avoir perdu la vie avant l’île interdite. Combien de familles à Bamako, Niamey, Dakar, Conakry, savent-elles qu’elles ne recevront plus d’argent de leurs fils prodigues, que ceux-ci ne reviendront plus jamais au pays natal ? Quelle arrogance ! Toute une nation porte le deuil d’une trentaine de soldats morts au front conformément à la loi de la guerre.

Juste le contre-chant convenu de l’Union européenne qui réaffirme son adhésion au principe d’assistance à personne en danger. Une promesse qui n’engage pas. Car ceux qui sont en danger ne sont vraiment personne. Rien que de la statistique. Et mieux, des chiffres originaires de l’Afrique qui toute honte bue, a perdu sa capacité d’indignation. Devant le double standard occidental. Devant le détournement prémédité de la résolution onusienne. Et devant ses nationaux qui meurent en série sous l’œil indifférent des garde-côtes.

Adam Thiam

Le Républicain

Le Sénégal de 2000 à 2011 : De l’espoir au Désespoir

Le Sénégal emprunte une pente dangereuse qui le plonge dans un sombre passé où il n’y avait ni démocratie ni l’expression des libertés individuelles. Ce retour au passé lointain s’explique par la gestion cahoteuse du Président Wade, la centralisation des pouvoirs entre ses mains, la corruption, le tripatouillage de la Constitution etc. Autant de maux qui font que le Sénégal sous 2000 est méconnaissable. On dirait que nous retournons au Sénégal des années 50 et 60. C’est précisément ce recul de notre démocratie qui fait que Me Wade est désavoué à tous les points de vue.

Au sortir de l’an 2000, le peuple sénégalais avait nourri un immense espoir que plus jamais les choses ne seront comme avant. Les Sénégalais étaient dans leur droit d’avoir de l’espoir placé en la personne de Me Wade présenté comme une providence pour le pays. Hélas, les actes qu’il a posés au fil des années ont suscité plein de désespoir chez les Sénégalais en quête d’un 4ème Président. Le réchauffement du front social et le bouillonnement de la scène politique témoignent du profond malaise qui envahit les Sénégalais. Pratiquement, tout le monde réclame la tête de Wade, coupable de gestion cahoteuse. Parmi plusieurs indicateurs, nous choisissons le mauvais fonctionnement de l’Etat pour justifier le fait que le pays soit à genou.

Dans notre Constitution, la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, telle que théorisée par Montesquieu dans son livre De l’Esprit des Lois, est de rigueur. Mais le Président Wade semble l’ignorer et s’est arrogé le droit d’ingérence sur des pouvoirs qui ne relèvent pas de sa juridiction. Le pouvoir exécutif incombe au Président, et il doit s’en tenir là. Le pouvoir législatif revient au Parlement et celui judiciaire appartient à la Justice. Ne faisant pas la différence entre ce qui relève de ses compétences de ce qui n’en relève pas, le chef de l’Etat a centralisé tous les pouvoirs entre ses mains. Il gouverne comme au Moyen Age où les souverains se prenaient pour les représentants de Dieu sur terre et qui revendiquaient le droit de vie et de mort sur les sujets. Dans l’entendement de Me Wade, il n’y a pas de distinction entre ces trois formes de pouvoir. C’est pourquoi il se permet de s’immiscer dans le Parlement comme dans la Justice. Son parti est majoritaire à l’Assemblée nationale, chose qui lui permet de faire passer toutes sortes de lois comme lettre à la poste. Sauf pour le cas du 23 juin dernier où le peuple s’est vigoureusement opposé au projet de loi portant élection d’un ticket présidentiel. Cet indicateur sur la mauvaise gestion des pouvoirs de l’Etat suffit, à lui seul, pour réclamer à tue-tête le départ de Me Wade. Le peuple, dans son écrasante majorité, ne veut plus de lui. Les observateurs internationaux sont inquiets de la situation politique actuelle et les grandes puissances l’ont désavoué. Ce n’est pas pour rien que Barack Obama ne compte plus le chef de l’Etat parmi ses invités. C’est parce qu’il a déçu toutes les attentes et toute la confiance placée en lui naguère.

Pape Matar NDIAYE/lanalyste.com

Côte d’Ivoire : Pascal Affi N’Guessan et Michel Gbagbo inculpés

| Nord-Sud – Le porte-parole par intérim du parquet d’Abidjan, Noël Djè, a révélé, hier,

à l’Afp les noms d’autres proches de Laurent Gbagbo inculpés. Ce sont, entre autres, Pascal Affi N’Guessan, président du Front populaire ivoirien (Fpi) et Michel Gbagbo, fils de l’ancien président. Au total, 12 proches de ce dernier ont été placés en détention préventive, pour cette énième vague d’inculpation. Mais ce sont en tout 40 pro-Gbagbo qui sont ainsi dans les liens de la justice. Ils sont accusés, pour certains, d’atteinte à la défense nationale, de complot contre l’autorité de l’Etat, de constitution de bandes armées, de participation à un mouvement insurrectionnel et de rébellion, pour d’autres, a-t-il indiqué. Cependant, vingt-six pro-Gbagbo avaient déjà été inculpés d’atteinte à la sûreté de l’Etat ou d’infractions économiques et sont détenus pour la plupart à Boundiali. Parmi eux, figurent l’ancien Premier ministre de Laurent Gbagbo, Gilbert Aké N’Gbo et plusieurs ex-ministres. Ces nouvelles inculpations surviennent après le 51ème anniversaire de l’indépendance au cours duquel le président de la République, Alassane Ouattara, a « tendu la main » ce week-end au camp Gbagbo, spécialement aux exilés au Ghana. « Leur place est avec nous », a-t-il assuré, plaidant pour une « Côte d`Ivoire réconciliée et rassemblée ».

B.I.

Campagne de dénigrement et d’intoxication de “Jeune Afrique” contre Gbagbo

| Notre Voie – Dans sa récente parution, « Jeune Afrique » a consacré six pages au couple Laurent et Simone Gbagbo détenus dans le nord du pays depuis avril dernier.

Tout le récit de « Jeune Afrique » constitue, en réalité, une campagne de dénigrement et d’intoxication dont l’objectif est d’éliminer politiquement le président Gbagbo pour le compte des nouveaux tenants du pouvoir ivoirien. A défaut de l’avoir fait physiquement pendant les bombardements de sa résidence par l’armée française. Cette campagne est la preuve que même en détention, Laurent Gbagbo fait peur à ses adversaires politiques.
Combien a coûté cette campagne de dénigrement et d’intoxication de « Jeune Afrique » à l’endroit du président Laurent Gbagbo, renversé par l’armée française le 11 avril 2011, et détenu dans le nord du pays ? En tout cas, l’affaire a dû rapporter gros à l’hebdomadaire. Car ses envoyés spéciaux n’y sont pas allés de mains mortes dans leur mission de salir l’image du président Gbagbo. Ils ont d’abord noirci l’image du président Gbagbo avant d’intimer pratiquement l’ordre au procureur Luis Moreno-Ocampo de le traduire devant la cour pénale internationale (CPI). Ils ont ensuite tenté de discréditer le célèbre homme politique et avocat togolais Joseph Koffigoh qui s’est constitué pour la défense du président Gbagbo.

Même en détention Gbagbo fait peur

L’objectif visé par les commanditaires de cette campagne de dénigrement et d’intoxication est d’éliminer politiquement le président Gbagbo, à défaut de l’avoir fait physiquement en avril dernier. Car même en détention, Laurent Gbagbo fait peur à ses adversaires politiques. Ceux-ci pensent à tort que c’est l’élimination du président Gbagbo de l’échiquier politique national qui leur assurera la pérennité au pouvoir. Mais hélas, cette campagne est vaine. Une fois de plus. Dans sa mission de salir l’image de Gbagbo, « Jeune Afrique » sert à ses lecteurs du déjà entendu. Et qui avait en son temps produit l’effet contraire escompté par les auteurs de ces inepties. Voilà ce qu’écrit « Jeune Afrique » au sujet de la santé de Gbagbo : « En bonne forme physique, mais sujet depuis longtemps à des crises d’épilepsie, il est suivi par le docteur Christophe Blé, son médecin personnel, chaque jour à ses côtés ».

Cette histoire imaginaire d’épilepsie avait été utilisée, sans succès, en 1992 alors qu’Alassane Dramane Ouattara était Premier ministre sous Houphouët, par les mêmes qui sont aujourd’hui assis au palais présidentiel. En effet, « Le Patriote », quotidien pro-Ouattara, avait écrit, dans les années 90, la même chose. Le directeur de publication de ce journal s’appelait Hamed Bakayoko, actuel ministre d’Etat, ministre de l’intérieur du régime Ouattara. Mais cette campagne d’intoxication s’était évanouie parce que les Ivoiriens savaient que c’était de l’affabulation. Alors, que « Jeune Afrique » fasse sien ce même dénigrement gratuit ne peut émouvoir personne. En tout état de cause, les ivoiriens ont vu, pendant la campagne électorale, le président Gbagbo tenir de grands meetings dans tout le pays sans éprouver le moindre malaise, là où des épileptiques auraient piqué plusieurs fois leur crise.

Le cynisme d’un confrère

Mais « Jeune Afrique » pousse son cynisme jusqu’à écrire : « Au début de sa captivité, Gbagbo se considérant toujours comme le chef de l’Etat, demandait à ses geôliers le programme de ses audiences quotidiennes… ». Histoire de faire croire que le président Laurent Gbagbo n’est plus en possession de toutes ses facultés. Plus loin, l’hebdomadaire écrit à propos de la rencontre du président ivoirien déchu avec ceux les Elders (les anciens), qu’il aurait dit à Koffi Annan ceci : « C’est toi qui nous a mis dans cette situation ». Lui reprochant d’avoir privilégié la tenue des élections sans désarmement. Comment quelqu’un qui n’est pas en possession de ses facultés mentales peut-il avoir un raisonnement aussi lucide ? Mieux comment un homme qui aurait perdu ses facultés mentales peut-il dire au procureur de la République qu’il ne relève pas d’une juridiction ordinaire et lui oppose son statut d’exception, en sa qualité d’ancien chef d’Etat, membre du Conseil Constitutionnel ? Visiblement, on se rend compte que « Jeune Afrique » se mélange les pédales.
Toujours dans sa volonté de dénigrer Laurent Gbagbo, Jeune Afrique écrit : « les membres du camp Ouattara ont pioché dans leur garde-robe pour lui fournir des vêtements ». Il ajoute même que « pour accueillir ses premiers visiteurs, Gbagbo revêtait d’une chemise en jean appartenant au commandant Issiaka Ouattara dit Watao ». On ne peut quand même pas dire que quelqu’un qui a été Président de la République serait sans vêtements. Et si tel était le cas parce que tout aurait été détruit par les bombardements de l’armée française sur la résidence officielle du chef de l’Etat, on ne peut pas non plus soutenir que les membres de sa famille tant biologique que politique n’ont pas les moyens de lui fournir des vêtements. En fait, le seul mérite de cette révélation, vraie ou fausse de « Jeune Afrique », c’est qu’elle montre à l’évidence que la Côte d’Ivoire vit, depuis le 11 avril dernier, sous une dictature. Sinon, comment comprendre qu’un homme qui n’est qu’en résidence surveillée, et qui n’est même pas inculpé, soit privé de visite au point que ses parents ne puissent pas lui fournir des vêtements. C’est seulement sous les régimes dictatoriaux qu’une chose pareille est possible.

Opération discrédit de Koffigoh

En outre « Jeune Afrique » tente de discréditer l’avocat togolais Joseph Kokou Koffigoh qui s’est constitué pour la défense du président Gbagbo. La publication le présente comme l’ami de longue date de Gbagbo. En insinuant qu’il se serait réinscrit au barreau de son pays uniquement pour défendre son ami. Cela voudrait dire, selon « Jeune Afrique », que si le dossier Gbagbo est évacué, Joseph Koffigoh devrait déposer, à nouveau, la toge. C’est vraiment malheureux de vouloir lier la vie professionnelle d’un homme comme Koffigoh à l’affaire Gbagbo parce qu’on n’éprouve de la haine pour ce dernier. Enfin, « Jeune Afrique » intime pratiquement l’ordre au procureur argentin Luis Moreno-Ocampo à traduire le président Laurent Gbagbo devant la cour pénale internationale (CPI). « Le procureur Luis Moreno-Ocampo fera tout pour envoyer Gbagbo devant la cour pénale internationale », écrit l’hebdomadaire. Dans la pensée de « Jeune Afrique » et de ses commanditaires, il faut anéantir politiquement Laurent Gbagbo de la scène ivoirienne à défaut de l’avoir éliminé physiquement en avril dernier. Et pour eux, cela passe par sa condamnation et son emprisonnement hors des frontières de la Côte d’Ivoire. Notamment dans les geôles de la cour pénale internationale (Cpi). Mais malheureusement pour eux, les choses ne passeront pas aussi facilement comme ils le veulent.

Boga Sivori

bogasivo@yahoo.fr